CHAPITRE PREMIER
Tibur, OÙ bondissaient toujours les cascades chantées par Horace :
Et uda Mobilibus pomaria rivis,
et jusqu'au lac desséché de Fucin. C'était au temps de la moisson ; des troupes de Napolitains, campés sous des huttes de feuillages, coupaient les blés au loin jaunissant dans ces plaines immenses et fécondes; ils accoururent avec de vives démonstrations de joie, à l'apparition du prince et de l'évêque. Dans les soirées, on s'égayait des bouls-rimés qu'improvisaient les fils du prince, et où excellait surtout la jeune princesse de Sulmona. Frascati étant peu éloigné de Rome, facilement il pouvait y aller, facilement aussi de Rome on pouvait le visiter; [l reçut souvent des cardinaux, des prélats, des Français, des pèlerins ; entre autres M. et M'"' de Richemont; le comte Armand, alors premier secrétaire à l'am bassade de France ; Ty|me Kearny et ses enfants, famille américaine réfugiée à Orléans, et qu'il avait ramenée tout entière à l'Eglise catholique.
Parmi les incidents à noter pendant son séjour à Rome même, nous mentionnerons une de ses visites aux évêques orientaux qui, reconnaissants de ce qu'il avait fait en 186:2 pour l'Orient, s'étaient tous rassemblés pour le recevoir, et une messe militaire aux zouaves à Santa Maria Trauspontina. Le colonel de Charette et tout le corps des officiers y assistaient. A la fin de la messe, d'une voix qui trahissait l'émotion encore plus que la fatigue, il adressa au jeune bataillon quelques paroles :
« ... Je ne veux pas descendre de cet autel sans vous laisser au moins un mot et un souvenir. Ce mot le voici, c'est celui de saint Paul, un grand cœur aussi, et, je puis le dire, un grand soldat de Jésus -Christ : State! Demeurez debout et fermes ; fermes dans vos convictions, dans vos principes, dans votre généreux dévouement; il sera l'honneur éternel de votre jeunesse et de votre vie. Votre cause est belle et sainte. Pour elle, vos frères aînés
sont tombés à Castelfidardo, plusieurs d'entre vous ont combattu, et tous vous êtes prêts à combattre encore, si Dieu en marquait le jour et l'heure. Demeurez donc constants et fermes, et par voire fermeté suscitez au loin d'autres défenseurs. Qu'ils viennent, ceux qui se sentent au cœur un grand courage, et qui brûlent dhonorer leur jeunesse et leur vie par un acte généreux ! qu'ils viennent, de la France, de TEspagne, de l'Irlande, de la généreuse Belgique, de l'infortunée Pologne elle-même, de tous les pays catholiques, grossir vos rangs et ceux de cette brave et tidèle légion qui défend avec vous la même cause. State I persévérez 1 »
Les préliminaires de l'Adresse, les innombrables relations, les solennités religieuses, sans compter les soins spirituels qu'il ne pouvait refuser aux âmes qu'il retrouvait là, lui avaient causé une fatigue extrême. Heureusement, à son retour, sur son passage, avant de retomber dans ses travaux d'Orléans, il retrouvait Lacombe et Men- Ihon.
Il arriva le 5 juillet à Lacombe, pour se plonger, pensait-il, (( dans la douceur et la paix de cet admirable lieu». Ce fut là en effet son premier rafraîchissement après cette fournaise; mais il avait l'àme trop pleine des choses de Rome et du Concile pour se renfermer dans celte paix silencieuse, et, quelques jours après, une lettre pastorale, imprimée à Grenoble, était publiée. Les évêques étaient à Rome encore, ou en route, ou à peine de retour dans leurs diocèses ; lui déjà il parlait ; non pour le vain plaisir de parler le premier, mais par l'eliet de cette activité qui était sa vie et sa force; et dans la pensée sérieuse de donner tout de suite à l'opinion publique, et avant les commentaires malveillants qui ne pouvaient manquer de se produire, la note vraie sur le futur Concile, en traduisant dans un langage français et moderne l'Adresse des évêques et l'allocution du Saint-Père. Là il disait :
(( Il se tiendra donc ce Concile, et à Rome; avec la facilité des voies modernes de communication, les évêques