CHAPITRE IX
généreux qui domine nos chefs militaires, nos jeunes officiers eux-mêmes et jusqu'à nos soldats, et qui fait que chacun respecté dans les autres ce qu'il veut qu'on respecte en lui-même. En un mot, messieurs, je tiens en plus haute estime le caractère français et le caractère militaire {Vive approbation) ; et s'il y a quelques exceptions misérables, cela peut se rencontrer, ce n'est pas pour elles que je ferais la loi; car une loi de cette sorte ne serait honorable ni pour l'armée ni pour la France. » '
Quant à la prétendue possibilité pour le soldat de remplir ses devoirs religieux dans les églises paroissiales, il démontra péremptoirement, par des faits et des chiffres, combien dans la pratique elle était illusoire. Puis, de ces discussions de détail, claires, précises, positives, s'élevant à la raison souveraine et décisive de la loi : « Il faut, s'écriait-il, porter plus haut nos regards, et, si je puis le dire, étendre l'horizon de notre pensée si nous voulons voir la question dans son vrai et grand jour. Vous craignez que dans notre système il y ait trop de religion dans l'armée. Ah 1 le péril n'est pas là ; le péril, c'est qu'il n'y en ait pas assez. Et je dirai volontiers de l'armée ce que j*ai dit de la nation : La religion ne vous menace pas ; elle vous manque!... Laissez-moi vous le dire, il y a des cris sous lesquels les meilleures lois succombent : votre loi sur le service religieux, c'est la soupape de votre loi sur le service obligatoire. Il ne faut pas que l'armée soit comme un minotaure, qui dévore la jeunesse, et fasse crier les mères chrétiennes. Rends-moi mon fils, disait autrefois une mère éperdue au lion de Florence, et le lion épouvanté déposait l'enfant aux pieds de cette mère. Rendezmoi mon fils pur et chrétien, comme je vous lai confié, vous crieront aujourd'hui les mères chrétiennes. » (Applaudissements.)
C'étaient de tels accents qu'il jetait à la tribune dans son discours du 29 janvier; il terminait ainsi celui du 20 mai : « Dans une grande et capitale institution, comme celle-là, qui désormais embrasse le pays tout entier, il faut que tout se tienne, il faut que tout soit en harmonie, si vous voulez qu'elle atteigne son but, et réponde à vos
vœux et à la grandeur de sa mission. Vous demandez que l'armée soit une grande école de courage, de discipline, de dévouement et de sacrifice. Vous demandez que ce jeune soldai méprise les fatigues, les périls et la mort. Vous lui demandez l'abnégation complète et Timmolation héroïque. Et quand vous exigez cela, vous éloigneriez de lui ce qui est le grand principe même de l'abnégation î Vous lui refuseriez le bienfait de ces espérances sublimes qui rendent facile le sacrifice de la vie 1 Vous le priveriez des secours de cette religion qui apprend à obéir sans murmurer, à combattre sans peur, et à mourir sans regret! (Vifs applaudissements à droite et à gauche.) Non, vous ne le ferez pas, car ce serait découronner votre œuvre, cette grande institution sociale que vous voulez faire...
» Donc, messieurs, je vous en conjure, votez cette loi. Ce n'est pas seulement une loi de haute convenance religieuse, c"estune loi de rigoureuse justice qui assurera aux jeunes gens que vous appelez sous les drapeaux le bienfait de ces puissantes influences morales sans lesquelles rien ne saurait demeurer longtemps dans sa force et dans sa vigueur.
» Vous le devez à leurs familles, qui les ont élevés le plus souvent dans les principes de la foi chrétienne, qui vous les livrent pendant cinq années dans la force et la tleur de leur jeunesse, qui les suivent avec une inquiète sollicitude à travers les épreuves et les périls de la vie militaire, et qui vous demandent de les leur rendre tels qu'ils puissent continuer à être leur consolation et leur honneur. (Très bien! très bien!)
» Vous le devez à ces jeunes gens eux-mêmes : arrachés si jeunes à toutes les joies et à toutes les saintes affections du foyer, livrés à vingt ans à toutes les surprises, à toutes les menaces d'un inconnu quelquefois terrible, ils ont certes le droit que vous n'ajoutiez pas à tous leurs sacrifices celui de leurs intérêts les plus élevés, et que vous mettiez à leur portée, au milieu du tumulte des camps, ces moyens de préservation et ces ressources religieuses que la i'amille absente ne peut plus leur offrir, (youcelle approbation.)