CHAPITRE IX
» Vous le devez à la France qui, après tant de calamités et de tourmentes, a plus besoin que jamais que son armée soit une grande école de respect, et que la discipline militaire trouve dans le concours de la discipline morale ce nerf, cette énergie, qui fait les vaillants soldats et peut seul relever l'avenir.
» Vous le devez à l'armée, qui est désormais la France entière groupée autour de ses drapeaux, et qui doit trouver, sur les champs de bataille aussi bien que dans les foyers, cette religion qui n'a jamais refusé de s'associer à vos tristesses comme à vos joies, à vos deuils comme à l vos triomphes, afin de consoler les uns, et, s'il se peut, de
I préparer les autres.
fl )) Vous le devez à la religion elle-même, qui est aussi
il une des forces sociales, et, j'ose l'ajouter, une des gran-
i| deurs vivantes de la patrie. {Mouvement marqué.) Yous
II ne pouvez lui refuser dans votre armée ce droit de cité i qu'elle a eu dans la société et même dans ce passé mili- ( taire incomparable, et, sauf un nuage passager, dans le Il prestige séculaire de vos armes.
» Enfin, pourquoi ne le dirais-je pas? vous le devez à vous-mêmes. Appelés, après des désastres et des renversements sans nom, à relever l'édifice social jusque dans ses fondements, vous avez la glorieuse mission de traduire en quelque sorte dans vos lois les grands et solennels enseignements que renferment nos malheurs. Messieurs, honorez-vous en montrant au pays que les justes préoccupations de l'ordre matériel ne sauraient balancer dans vos conseils les intérêts d'un ordre plus relevé, et que, dans votre grande œuvre de réorganisation sociale, vous avez à cœur de rendre la place qui leur convient à ces intérêts éternels de la religion et de la morale qu'on ne méconnaît jamais impunément, qui peuvent seuls refaire les âmes et retremper à la source suprême cet esprit de dévouement et de sacrifice, ce sentiment du devoir et du respect sur lesquels reposent la totalité des institutions humaines, la vraie force des armées et la grandeur des peuples. y>
L'Aumônerie militaire fut votée. Plus tard, elle est
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tombée, devant les misérables arguments produits contre elle dans cette discussion; les mêmes ; mais l'évèque d'Orléans n"était plus là pour les confondre. Quant à des faits précis contre celte institution, on n'a pu en invoquer aucun. Pendant les sept années qu'elle a vécu, elle n'a justifié aucune des craintes qui avaient été exprimées. On s'en souviendra si jamais, l'impiété reculant dans notre pays, l'heure des restaurations religieuses sonne de nouveau pour la France.
Mais, avant de passer à d'autres débats, saluons ici de nos regrets et de nos respects lami que, le 15 mars de cette année 187:2, M?'' Dupanloup vit descendre dans la tombe, -M. Cochin.
Helas ! que de deuils pour cet évéque depuis quelque temps ! L'année qui précéda le Concile, M. Debeauvais ! son plus intime ami peut-être dans le clergé ! Pendant le Concile, M. de Borie, et quelques jours auparavant, M. de Montalembert! L'année d'après, 8 février 1871, M""' de Menthon ! 11 venait d'arriver pour l'Assemblée nationale à Bordeaux. Un matin, pendant que, après sa messe, il dépouillait sa correspondance, tout à coup on l'entendit s'écrier, lentement : « Ah ! mon Dieu! M""^ de Menthon qui vient de mourir!» et aussitôt ses yeux s'emplirent de larmes. Et après avoir achevé de lire la triste lettre qui contenait le récit de cette mort héroïque et sainte : (( Mettons-nous à genoux, dit-il, et prions pour elle, bien qu'elle soit au ciel, je n'en doute pas. » M"^* de Menthon appartenait à une famille qui avait contribué à donner lAlsace à la France ; aussi les malheurs de cette atYreu^e guerre avaient-ils eu un retentissement particulier dans cette àme si française en même temps que si chrétienne; et elle avait tout fait pour que son mari, âgé de plus de soixante ans, se fit soldat et lui permît de se faire, elle, infirmière. i( Après cette bonne œuvre bien faite, écrivait-elle à M-'' Dupanloup, au début de la guerre, le ^ août 1870, la mort me serait une fête. » Mais, quand elle apprit que notre pauvre armée avait été rejetée en Suisse, elle n'y tint plus, et, laissant son mari présider aux