CHAPITRE X
nion et de votre confirmation dans cette pieuse chapelle de Rendan, un tel souvenir, et j'ai depuis, tant de fois demandé à Dieu pour vous ses grandes bénédictions, que je n'ai pu apprendre sans la plus vive émotion la nouvelle du maria^^e qui vous ouvre, et si jeune encore, de si hautes et si glorieuses destinées. Il n'eût pas été impossible alors de les entrevoir; mais auj iurd'hui ce sont des certitudes. Vous serez donc reine, et reine d'Espagne. Sans doute, vous me permettrez de vous en féliciter, et d'en féliciter aussi l'Espagne. Envisagée dans la lumière de la foi, la royauté chrétienne a toujours été, et demeure même aujourd'hui, dans nos temps si troublés, une grande et sainte chose; et c'est sur un peuple profondément chrétien encore que vous régnerez. Je ne doute pas de l'enthousiasme des Espagnols quand ils verront, assises sur le trône de leur jeune souverain, la piété, la bonté, la générosité, toutes les vertus embellies encore par la jeunesse; et cest ainsi que vous pourrez être vous-même de ce trône, non seulement le charme, mais l'appui. Tels sont, s'il m'est permis de le dire, mes vœux et mes espérances. Ces vertus, votre grande mission de reine les exige ; le cœur de votre royal époux s'y reposera avec douceur; elles feront voler à vous tous les cœurs de vos sujets; et être aimé de tout son peuple, c'est là vraiment régner. Mais c'est à vous surtout, princesse, si vous me permettez de l'ajouter, que ces vertus, dont les premiers parfums sont déjà si doux, deviendront nécessaires, au milieu^ soit de tant de périls, soit quelquefois de tant de douleurs, que les reines elles-mêmes peuvent connaître. Pour moi, je ne cesserai de demander à Celui par qui régnent les rois, comme dit l'Ecriture, qu'il règne lui-même toujours et pleinement sur vous : alors tant de dons qu'il a faits à votre àme tourneront au bonheur de tous et à votre propre bonheur; et cette couronne terrestre, qu'après tout une révolution peut briser, ne meurtrira pas votre front, mais vous en méritera une autre plus belle encore, et immortelle. ))
11 écrivait en même temps à Son Altesse Royale M&r le duc de Montpensier :
(.( Monseigneur, je ne puis pas ne pas sortir un moment de ma réserve et de mon silence aux approches du grand événement dont les feuilles publiques nous entretiennent depuis quelque temps, et qui intéresse à un si haut degré dans votre cœur le père et le prince. Tels sont les desseins de Dieu ! Cette jeune enfant sur laquelle, il n'y a que bien peu d'années encore, j'appelais les bénédictions d'en haut et les grâces de l'Esprit divin dans cette belle chapelle de Rendan, elle va monter sur un trône, le trône de la catholique Espagne, le pays de l'Europe où vivent le plus les traditions chrétiennes, et peut-être même monarchiques. Ce sont là, assurément, de grandes destinées; et je ne puis pas ne pas vous en offrir mes respectueuses félicitalions, Monseigneur. Et, bien qu'aujourd'hui les couronnes soient quelquefois pesantes et fragiles, je ne puis m'empècher de penser que l'Espagne, encore si chevaleresque, ne verra pas sans enthousiasme tant de jeunesse avec tant d'aimables qualités, embellir le trône de son jeune roi: et la fidélité des Espagnols, je l'espère, répondant aux bontés et aux vertus de leur jeune reine, comme aux sentiments généreux de leur jeune souverain, fera h ce trône définitivement affermi un sur rempart contre les révolutions. Tels sont du moins les vœux que j'ose faire. Monseigneur, pour une jeune princesse dont l'àme ne peut pas ne pas m'ètre particulièrement chère devant Dieu, et j'aime à me consoler par ces pensées et ces espérances de tant de tristesses de rheure présente. »
A peine un ai. a,jrès, hélas, la jeune reine mourait, et Tévêque savait tirer de son cœur d'éloquentes paroles, pour consoler dans sa douleur inconsolable un prince, un père, dont il avait vu déjà couler les larmes. Le duc, en effet, lui avait confié un de ses fils, le jeune duc de Guise, charmant et délicat enfant, qui, après quelques mois à peine passés au Petit Séminaire de La Chapelle, y mourut subitement. L'évêque prit une part très vive à ce deuil particulièrement douloureux à M"'" la comtesse de Paris, sœur du jeune prince, pour qui elle avait été comme une mère, et qui le pleurait amèrement. A ce sujet, M. le comte de Paris écrivit à l'évêque d'Orléans pour le prier