‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 15 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

viendront plus nombreux et de pays plus divers qu'en aucun Concile des temps passés... Vous aurez l'Orient et l'Occident, le Midi et le Nord, les trois continents du vieux monde, et les deux Amériques, avec les évèques des Indes, de la Ghine^ et des îles les plus lointaines de l'Océan; en sorte que ce Sénat de l'Église catholique, composé de ces vénérables vieillards qui président ajoutes les églises de la terre, sous toutes les latitudes, sous tous les cieux, sera la représentation la plus complète de l'Eglise qui se soit jamais vue... Comment prévoir ce qui^ d'une telle assemblée, de la maturité de ses délibérations, de l'autorité de ses jugements, peut sortir de vérité et de lumière, en même temps que d'impulsion puissante et féconde pour le bien?

» J'ai vu les évèques des différents pays de l'Europe se féliciter mutuellement, et regarder le futur Concile comme le plus grand et le plus heureux ellbrt que l'Eglise puisse faire pour l'illumination des esprits et Tapaisement des cœurs, pour le retour des hommes sincères que l'erreur ou de funestes malentendus égarent, pour le bien entin de la société comme de TEglise.

» J'ai vu les évèques des deux Amériques saluer déjà le grand courant de la vie catholique que celte communication directe et prolongée avec le Saint-Siège et avec les évoques des vieux continents ne peut manquer d'accélérer encore dans les jeunes comme dans les anciennes églises du nouveau monde.

)) J'ai vu les évèques orientaux surtout tressaillir d'une sainte espérance; déjà les vieilles chrétientés de lOrient semblent à leurs yeux se ranimer au souffle qui partira du Concile. Mais ce n'est pas là leur seul espoir. Il se produit depuis quelque temps en effet dans les profondeurs de rOrient je ne sais quel travail secret: les églises orientales séparées commencent à sentir ce que leurs malheurs, hélas! auraient dû depuis longtemps leur apprendre : en se retranchant de l'unité, elles se sont retranchées du principe de vie...

» Dirai-je toutes mes espérances? Le protestantisme, qui ne le sait? est travaillé aujourd'hui plus que jamais

d'un mal inhérent à son principe, qui, d'une part, le pousse, Bossuet le lui avait prédit et nous le voyons aujourd'hui, jusqu'au rationalisme le plus antichrétien, et d'autre part le déchire et le dissout par des divisions sans tin... Est-il donc présomptueux de penser que ce grand spectacle de l'unité vivante, parlant dans un Concile de l'Eglise universelle, apportera à leurs yeux la suprême lumière?... Ah! que Dieu entende nos vœux! Et vous, nos frères séparés, venez enfin vous jeter dans nos bras ouverts déjà depuis trois siècles !

» Donc, dissiper les erreurs contemporaines, jeter sur les grandes questions que tant de ténèbres obscurcissent aujourd'hui le vif éclat de la tradition chrétienne et de la science catholique; ranimer au sein de l'Eglise la flamme ardente de la charité et du dévouement, déployer toutes ses forces vives, et faire courir d'une extrémité à l'autre de ce grand corps un nouveau souffle de vie sainte ; écarter, en éclaircissant les obscurités et en dissipant les malentendus, les causes de discorde et de séparation, et aplanir les voies à de grands retours peut-être; faire, en un mot, une grande œuvre d'illumination et de pacification : qui donc pourrait ne pas applaudir à un tel effort de l'Eglise catholique? Et y a-t-il un gouvernement quelconque, un homme d'Etat digne de ce nom, qui puisse en prendre ombrage et y susciter des obstacles? »

Le contraste entre le spectacle qu'avaient donné au même moment Rome et Paris lui inspirait les paroles que voici :

«Que fait Pierre depuis dix-huit siècles? Il tient les clefs du royaume des cieux, et il montre la route aux hommes. Il prêche à la terre la vérité, la justice, la charité, la sainteté; il canonise des saints, car l'Eglise n'est pas épuisée dans sa vieillesse et elle ne cessera jamais d'enfanter des saints. Et si au milieu de ces fêtes bruyantes dont Paris et l'Europe retentissent, on pouvait demander à tout ce monde agité quelques moments de réflexion, si les yeux fatigués de voir et les mains d'applaudir, si le bruit des pas joyeux pouvaient permettre à la con~

Page 1