CHAPITRE X
vote fut favorable, et les justes suffrages de ses collègues l'envoyèrent à ce Conseil.
Dans ce discours, Tévêque avait pris en quelque sorte sa revanche contre le positivisme; mais en"^vain vit-on M. Gambetta presser M. Littré de répondre; impassible, secouant la tête, et sans même lever les yeux de l'épreuve qu'il corrigeait, M. Littré resta immobile à son banc.
Qu'on nous permette ici, à propos de ce discours, une courte digression :
« M. de Pressensé, avait dit Tévêque d'Orléans à la tribune, nous disait qu'il y avait peut-être des maisons inconnues où les études classiques étaient florissantes, mais qu'enlin il ne savait où elles se trouvent et que nous n'avions qu'à les montrer au public.
» Je lui répondrai avec simplicité que c'est ce que j'ai fait plusieurs fois : l'Institut de France, l'Académie française, des membres de ce corps illustre nous ont fait Thonneur de venir présider à nos séances littéraires, vérifier nos travaux et applaudir à nos efforts. »
Et il invita M. de Pressensé, et M. Brisson lui-même, à venir assister à la représentation d'OEdipe à Colonne qui devait avoir lieu cette année-là même au Petit Séminaire de La Chapelle. M. de Pressensé accepta l'invitation. « Et, racontent les Annales orléanaises, quand la représentation fut finie, M. de Pressensé se montra un des plus enthousiastes à féliciter l'évèque d'Orléans. « C'est merveilleux, répétait-il; quel poète! et quels enfants!... » Et maintes fois pendant la représentation on l'avait vu donner le signal des applaudissements ^ »
Comme succès de tribune, le discours du 26 mars fut encore plus complet. Il s'agissait de la loi sur les conseils de bienfaisance et de savoir si elle y ferait aux ministres du culte une place de droit. Les dispositions de l'Assemblée paraissaient si peu favorables, que le rapporteur luimême, M. de Melun, engageait l'évêque d'Orléans à ne pas prendre la parole. Mais lui, n'écoutant que son sens
' 1. Aimales orléanaises, année 1873, p. 555.
épiscopal, ne put se résoudre à ne pas livrer bataille sur ce qui était à ses yeux une question de justice et d'honneur pour le clergé ; et telle fut l'impression produite par sa parole sur tous les bancs de l'Assemblée sans exception, que cet article, dont on désespérait, fut voté à une grande majorité ^
1. Ce discours n'en fut pas moins attaqué par les feuilles qui, en France et en Italie même, épiaient chacune de ses paroles, et même son silence. On lui reprocha deux choses : 1° Il avait demandé, non pas un monopole pour le clergé catholique, mais un droit légal pour les ministres de tous les cultes : donc on saisissait là sur le tait ce libéralisme qui n'est que Tindifférentisme ! :2° Il avait voulu voir dans les préoccupations bienfaisantes de nos administrations laïques « une infiltration de l'esprit chrétien dans nos lois ». Donc il approuvait la spoliation de TEglise par l'Etat! — De même dans ses discours sur le dimanche pour les soldats, il avait réclamé pour les soldats sans exception, la liberté de remplir leurs devoirs religieux. Donc il avait mis (en principe) l'erreur et la vérité sur la même ligne! Ainxi le voulait le libéralisme ! Surtout il n'avait pas demandé à cette Assemblée, qui eût rejeté la contrainte comme le privilège, qu'on fît aux soldats une obligation légale d'observer leur culte : toujours le libéralisme etl'indifférentisme! Nous eussions bien voulu voir ceux qui disaient : « Nous " vous demandons la liberté au nom de vos principes, mais nous vous la 1 refusons au nom des nôtres, » porter ce langage à la tribune. Nul doute sur l'espèce de succès qu'ils eussent obtenu.