CHAPITRE XI
d'Orléans, vivement applaudi par les uns, sévèrement blâmé par les autres; il s'agit de tout un ensemble d'efforts faits par lui pour amener cette union tant désirée, et dans laquelle son patriotisme lui faisait voir le salut du pays. Nous racontons, on appréciera. Nous nous bornerons à placer les textes mêmes sous les yeux du lecteur, la mort de M. le comte de Chambord nous en laissant aujourd'hui une plus grande liberté.
Après le manifeste du 5 juillet, l'union ne s'étant pas faite entre les princes, de grands efforts furent essayés pour la faire à l'Assemblée. De là, cette entente sur un programme commun, qu'on appela le manifeste des Quatrevingts, bien qu'il n'eut pas été publié : programme que M. le comte de Chambord avait eu la sagesse de laisser ses partisans pleinement libres de signer, sans se prononcer lui-même. C'était là un premier pas : était-il donc impossible d'en obtenir un second? Certes, sur la question du drapeau, la résolution de M. le comte de Chambord pouvait paraître inflexible, après les termes de son manifeste. Cependant, une fois de plus, les faits avaient prononcé : ce qui s'était réalisé, c'étaient les craintes que l'évêque dOrléans avait exprimées au prince, non les espérances dont le prince s'était flatté. Une telle expérience ne portaitelle pas avec elle son enseignement? et le scrupule d'honneur qui arrêtait le prince ne pourrait-il entin céder devant l'évidence des raisons?
C'est ce que se disait l'évêque dOrléans. Ces raisons, telles qu'elles lui apparaissaient, il n'avait pu les développer de vive voix à Chambord ; mais en les plaçant sous les yeux du prince, dans la liberté respectueuse d'une lettre confidentielle, serait-il impossible de lui faire impression? 11 avait tout dit aux princes d'Orléans : à M. le prince de Joinville, dans ses entretiens de La Chapelle et dans sa lettre de Bordeaux; à M. le duc d'Aumale, dans le château duquel, à Chantilly, il avait récemment béni le mariage de la princesse Marguerite, tille de M. le duc de Nemours, avec le prince Czartoriski; à M. le duc de Montpensier, à Randan. Du côté donc des princes d'Orléans, il
n'avait plus rien à faire; mais la question religieuse, dans l'état des choses en France, se trouvant ici, de fait, si étroitement mêlée à la question politique, n'était-ce pas un devoir d'essayer auprès de M. le comte de Chambord un nouvel effort, d'où pourrait sortir le salut du pays? L'ancienne monarchie admettait le droit de remontrance : le prince ne permettrait-il pas même au dévouement et au patriotisme le conseil?
Cette idée d'écrire à M. le comte de Chambord une lettre politique, où la question de la fusion et du drapeau serait traitée à fond, fut communiquée par l'évêque d'Orléans à M. de Falloux,dès le mois de janvier 1872. Celui-ci y applaudit, et pressa très vivement l'évêque de la mettre à exécution :
« Vous m'aviez donné, lui écrivait-il le 20 janvier 1872, l'espoir d'une lettre écrite par vous à M. le comte de Chambord, puisée tout entière dans votre grand cœur, dans votre grande connaissance de la situation, et avec votre grand accent. Cela, je l'implore toujours, car la situation ne fait que s'aggraver, et tout peut sombrer d'un moment à l'autre. » Le lendemain, nouvelle instance : « En vertu de ce privilège d'énergie et d'ubiquité intellectuelle dont vous avez le secret (c'était là une allusion à cette Lettre à un catholique suisse, dont nous avons parlé), je viens vous demander de vous transporter à la fois en Belgique (M. le comte de Chambord était alors en Belgique) et à l'hôtel de la présidence. Jamais votre lettre ou vos lettres à M. le comte de Chambord n'ont été plus urgentes, car jamais elles n'ont eu autant de chances de succès. Le prince vient de faire un grand pas vers la vérité (c'est du manifeste des Quatre-vingts que parle ici M. de Falloux), mais il n'y est pas pleinement entré, et vos vives lumières ont encore bien des ombres à dissiper. Pour M. Thiers, je ne vois nulle part d'indices de ses dispositions personnelles, mais il me paraît impossible que sa clairvoyance se méprenne sur sa situation. Le rôle de l'ambition égoïste est fini, il est convié désormais à une ambition généreuse ou condamné à une déplorable tin. J'ose vous supplier de renouer vos relations avec lui, et d'avoir quelques en-