‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 143 sur 259 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tretiens à fond sur les intérêts de sa vraie gloire, inséparable du salut d'un pays qui s'est donné à lui avec tant de confiance et d'abandon, d

Dans une autre lettre, du 28 janvier, M. de Falloux exposait la situation en ces termes : « Un point de vue que je me permets de vous recommander, c'est que Torléanisme a été ressuscité par le manifeste du 5 juillet, et que nos efforts ont précisément pour but de l'éteindre, en reprenant la position telle qu elle existait au moment où le comte de Paris et le duc de Chartres annonçaient publiquement chez iM. Thiers leur départ immédiat pour Bruges. » Il ajoutait : « Que M. le comte de Chambord vienne à Chambord, qu'il y convoque une réunion de vingt-cinq membres de la droite, qu'il donne franchement toute latitude, toute liberté aux avis, aux consciences, et il verra si la majorité de cette réunion hésitera un seul instant à lui demander ce qui seul peut rendre la monarchie possible, j)

Le 1" février, M. de Falloux redoublait ses instances : « Cher Seigneur, le dernier manifeste me paraît devoir être le point de départ de toute communication directe. Après tant de documents publics et de colloques privés, il faut bien finir par sortir des généralités, et dire nettement ce qu'on entend par des réformes et des libertés. Si l'on veut sincèrement le régime représentatif, il n'y a plus alors qu'une seule difficulté, c'est celle du drapeau; et comment pourrait-on briser sur cette seule dissidence? S'il y a d'autres difficultés, on ne peut plus les cacher à la France aux abois, et qui peut périr d'un jour à l'autre, faute de cette monarchie qu'on lui montre tout à la fois indispensable et impossible... »

Quelque convaincu qu'il fût de la force de ces raisons, l'évêque d'Orléans n'y céda point, et attendit près d'un an encore. Mais pendant cette année, les progrès du radicalisme croissaient toujours, et le pays, dans ce malheureux provisoire, pouvait d'un moment à l'autre être pris au dépourvu. Enfin un incident grave, favorable à ses pensées, s'étant produit, il se décida à essayer auprès du prince celte intervention.

« Versailles, 25 janvier 1873. Monseigneur, si les nécessités des grandes discassions qui s'approchent ne me retenaient pas nécessairement à Versailles, je n'aurais pas hésité à aller vous porter moi-même, tant une conviction réfléchie et profonde me domine en ce moment, les paroles que je vous demande la permission de confier à cette lettre.

» Je me hâte tout d'ahord de le dire : C'est avec une espérance que je m'adresse à vous, iMonseigneur : parce qu'une nouvelle lueur vient de hriller tout à coup dans notre horizon si sombre, et redonner du courage aux serviteurs dévoués de la monarchie légitime et traditionnelle.

» Veuillez, Monseigneur, me permettre de vous exposer toute ma pensée.

» Quelle marche ont suivie les choses en France? Où en sommes-nous en ce moment? Qu'y a-t-il de possible encore?

» La vérité de la situation actuelle, la voici : » La Ftépubliquese prolonge, et, en se prolongeant, démoralise et déprave le pays, socialement et religieusement, à des profondeurs qu'on ne peut dire; l'Assemblée, à sa troisième année d'existence déjà, n'a plus peut-être que quelques mois à vivre; si rien n'intervient d'ici là, les élections qui vont suivre seront détestables, et mettront infailliblement aux mains du radicalisme impie le pouvoir et le pays ; et pour longtemps peut-être, car la première Révolution, Monseigneur, on ne peut l'oublier, a duré de 1789 à 1815; vingt-six ans !

» Dans cette situation de notre pauvre pays, qu'il est impossible de ne pas voir, quel est. Monseigneur, pour tous ceux qui sentent que la monarchie traditionnelle et héréditaire, seule, peut préserver la France, et la religion en France, d'un tel avenir, quel est le devoir impérieux, sacré? C'est manifestement de tout faire pour rendre possible cette monarchie.

» Beaucoup de gens, en France, n'acceptent en ce moment la République ou ne s'y résignent, que parce qu'ils croient la monarchie devenue impossible.

» Et lorsqu'il y a peu de temps, M. Thiers, du haut de la

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