CHAPITRE XI
tribune, a défié le grand parti monarchiste et conservateur de faire la monarchie, Monseigneur le sait, lesilence seul a pu lui répondre.
» Pourquoi ? quelle a été jusqu'ici la grande faiblesse du parti monarchique? le grand obstacle à la monarchie?
y> Je ne ferai que constater simplement le fait, quelles I qu'en soient les causes, quand je dirai : C'est la désunion I de la maison de France, et par une conséquence fatale, la désunion du parti monarchique. Et je suis sûr. Monseigneur, que je ne serai pas désavoué par votre grand cœur quand j'ajouterai que de cette désunion le chef de la maison de France souiïre plus que personne.
» Eh bien. Monseigneur, l'espérance dont je parlais en commençant, et qui me met la plume à la main, c'est que je vois cette union, si nécessaire, si attendue, redevenir possible en ce moment, et la monarchie avec elle. La Providence, qui nous en a offert déjà tant d'occasions, nous en offre une nouvelle, maisqu'ilne faut pas laisser échapper comme les autres; car qui sait si bientôt ce ne serait pas trop tard?
» Il y en a qui espèrent ici un miracle ; mais en vérité, lien est-ce pas un que deux fois en vingt ans, ce qui ne s'estjamaisvudans l'histoire, Dieu ait ménagé à un prince exilé du trône l'occasion et la facilité d'y remonter? C'est ce que nous avons vu : Deux dynasties qui avaient essayé de se substituer à la vôtre ont disparu ; deux fois a été rendue vacante et libre celte place qui ne doit être occupée que par vous.
» Et n'est-ce pas encore un coup de Providence que le pays, quarante ans après 1830, ait envoyé à sa représentation nationale un nombre inespéré d'hommes conservateurs et monarchistes?
» J'entends dire ici de tous côtés que la mort de celui qui fut l'Empereur anéantit pour des années les espérances que ses partisans pouvaient fonder sur nos divisions; et cela précisément à l'heure où, le provisoire où nous sommes durant encore, la réunion de tous les hommes des partis monarchiques autour de vous peut redonner h la monarchie légitime toutes ses chances. Mais pour en
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profiter, que Monseigneur me permette de le lui dire, l'heure presse : dans quelques semaines peut-être, il ne sera plus temps. Aujourd'hui, nous sommes encore sans lendemain ; mais le provisoire, forcément, va prendre fin ; on discute en ce moment les bases d'une constitution véritable. Aujourd'hui l'union connue et proclamée de toute la maison de France autour de son chef produirait encore un effet immense. L'heure est donc au plus haut degré favorable.
)) Et les princes de votre famille, je lésais, Monseigneur, je le tiens d'eux-mêmes, ne demandent qu'à aller à vous.
» Et ce ne sont pas là de vaines paroles : ils viennent de se décider, sous les yeux de tout Paris, à une démarche solennelle, qui emprunte au lieu et au jour qu'ils ont choisi une signification sur laquelle personne ne s'est mépris : on les a vus, eux, le 21 janvier, à la chapelle expiatoire.
» Assurément, Monseigneur, c'est de leur côté que devaient venir les premières avances. Mais j'entends dire aussi, par vos amis les plus éclairés et les plus dévoués : « En faisant un tel acte, ils tendent la main à Monseigneur ; est-ce que Monseigneur ne voudra pas aussi leur tendre la sienne? »
» Je sais bien que Monseigneur peut répondre : « Je n'ai pas, moi, à tendre la main, par la raison que je ne l'ai jamais retirée. C'est à ceux qui se sont éloignés à revenir. »
» Sans aucun doute; mais les voilà prêts à revenir. Seulement, Monseigneur, il y a ici un autre côté de la question, sur lequel je vous demande la permission de dire un seul mot.
» Quand on a reçu de la Providence la mission et le devoir de sauver un peuple, et que sous nos yeux ce peuple périt, je crois, et beaucoup de vos amis croient avec moi, que, dans une question de rapprochement, il y a des devoirs réciproques. Car enfin cette question de rapprochement n'est pas seulement entre les princes d'Orléans et votre personne : elle est entre la France, eux et vous : voilà la vérité.