CHAPITRE XI
» C'est-à-dire que dans cette question de rapprochement, tous ont leur devoir et leur responsabilité.
» Et certes, si jamais un pays aux abois à demandé des ménagements, de la clairvoyance, tous les sacrifices possibles dans celui que la Providence lui a réservé comme sa suprême ressource, c'est bien la France malade et mourante. Se tromper sur cette question si grave, se faire, même par un très noble sentiment, des impossibilités qui n'en seraient pas devant Dieu, serait le plus grand des malheurs. C'est un zèle bien ancien, toujours fidèle, absolument désintéressé, qui me fait parler ainsi ; et j'espère que xMonseigneur voudra bien en agréer l'assurance, en même temps que l'hommage de tous mes plus dévoués respects. »
]\1. le comte de Blacas fut chargé par le prince de répondre verbalement à cette communication, et de dire à l'évêque quelle délicatesse empêchait M. le comte de Chambord de prendre une initiative. L'évêque, dans sa conviction profonde que le salut de la France pouvait sortir de ce qu'il avait cru pouvoir suggérer, et n'écoutant que son ardent patriotisme, pensa pouvoir s'adresser de nouveau au prince, dans une lettre datée du 30 janvier :
« Monseigneur, le comte de Blacas est venu ce matin chez moi, chargé par Votre Altesse Royale de me dire que vous aviez reçu ma lettre et que vous vouliez bien m'en remercier. Je suis d'autant plus touché de celte bonté de Votre Altesse Royale que j'ai craint d'avoir été trop indiscret et trop hardi ; mais cette bonté même m'encx)urage à insister auprès de vous, Monseigneur. J'ai parfaitement compris ce que M. de Blacas ma dit; par quelle délicatesse vous n'avez pas voulu prendre occasion des services funèbres du 21 janvier pour engager M. le comte de Paris à venir vous voir. Mais Votre Altesse Royale ne pourraitelle pas lui écrire simplement les lignes ci-jointes qui finiraient et décideraient tout :
« Mon cher Cousin,
y> Laissez-moi vous dire combien je suis touché de tout » ce que je sais de vos pensées et de vos sentiments à
» mon égard et combien je serais heureux d'en causer j» avec vous.
5) Venez donc me voir à Vienne, où je suis en ce mo- » ment. »
» Quand on est ce que vous êtes, Monseigneur, on ne peut descendre, et c'est bien à vous qu'il appartient, avec une condescendance et une délicatesse vraiment royale, de rompre d'un mot, tel qu'Henri IV et saint Louis nauraient pas fait difficulté de le dire, cette situation terrible qui perd la France et peut rendre à jamais inutile, contre les desseins de la Providence, tout ce que Dieu a mis en vous pour le salut de la France et de l'Eglise.
» Il ne me reste plus. Monseigneur, qu'à supplier Dieu d'inspirer à votre grand cœur une résolution si nécessaire et si désirée par vos amis les plus dévoués de l'Assemblée.
» II est inutile de vous redire, Monseigneur, dans quel sentiment de profond respect et de religieux dévouement, je prends la liberté de vous écrire ces lignes. »
La réponse du prince, datée de Vienne, 8 février, fut apportée à l'évêque le 11, par M. de Blacas. L'évêque venait de partir pour le Midi et se trouvait chez M. Albert du Boys, alors à Montpellier. M. de Blacas lui expédia surle-champ un exprès. Celui-ci arriva le 13; l'évêque précisément s'entretenait à ce moment-là avec M. du Boys de sa lettre à M. le comte de Chambord, et des motifs qui la lui avaient fait écrire; il continua, tenant toujours la lettre qui venait de lui être remise; puis, d'une main tremblante d'émotion, il l'ouvrit et se mit à la lire ; et à mesure qu'il lisait, on voyait la rougeur lui monter au visage. Quand il eut fini : a Voilà, dit-il, qui fait les affaires de M. Thiers ! Pauvre France ! tout est perdu ! »
Cette lettre, la voici :
« Vienne, 8 février 1873. — Monsieur l'évêque, comme vous, je ne puis avoir d'autre intérêt en ce monde que le salut de la France, ni d'autre désir que celui de voir se lever de meilleurs jours pour l'Eglise. Le comte de Blacas, chargé par moi de vous porter la réponse verbale aux