‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 146 sur 259 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lettres que vous m'avez adressées, n'aura certainement pas manqué de faire ressortir à cet égard la conformiié de mes sentiments avec les vôtres. ^

» Je ne veux ici que vous exprimer moi-même, en quelques mots, le regret de ne pouvoir suivre les conseils que votre patriotisme vous inspire.

» Vous semblez attribuera des scrupules chimériques, dont Dieu me demandera compte, l'insuccès des efforts si souvent renouvelés pour amener un rapprochement entre les deux branches de ma famille.

» J'ai beau descendre au fond de ma conscience, je ne trouve pas un jour, une heure dans ma vie, où mes prétendues exigences aient apporté un obstacle sérieux à une réconciliation sincère.

» Sans prévention ni rancune contre les personnes, mon devoir était de conserver dans son intégrité le principe héréditaire dont j'ai la garde ; principe en dehors duquel, je ne cesserai de le répéter, je ne suis rien, et avec lequel je puis tout. C'est ce qu'on ne veut pas assez comprendre.

» Il m'est permis de supposer par vos allusions, Monsieur Tévéque, qu'au premier rang des sacrifices regardés par vous comme indispensables pour correspondre aux vœux du pays, vous placez celui du drapeau. C'est là un prétexte inventé par ceux qui, tout en reconnaissant la nécessité du retour à la monarchie traditionnelle, veulent au moins conserver le symbole de la Révolulion.

» Croyez-le bien, malgré ses défaillances, la France n'a pas à ce point perdu le sentiment de l'honneur; elle ne comprend pas plus le chef de la maison de Bourbon reniant l'étendard d'Alger qu'elle n'eût compris l'évèque d'Orléans se résignant à siéger à l'Académie française en compagnie de sceptiques et d'athées.

)) Je n'ai pas appris avec moins de plaisir que les vrais amis du pays la présence des princes, mes cousins, à la chapelle expiatoire, le :21 janvier, car, en venant prier publiquement dans ce monument consacré à la mémoire du roi martyr, ils ont dû subir, dans toute sa plénitude.

l'influence d'un lieu si propice aux grands enseignements et aux généreuses inspirations.

» Je n'ai donc ni sacrifices à faire, ni conditions à recevoir. J'attends peu de l'habileté des hommes et beaucoup de la justice de Dieu. Lorsque l'épreuve devient trop amère, un regard sur le Vatican ranime le courage et fortifie l'espérance. C'est à l'école de l'auguste captif qu'on acquiert l'esprit de fermeté, de résignation et de paix ; et cette paix est assurée à quiconque prend sa conscience pour guide et Pie IX pour modèle.

» Croyez, Monsieur l'évêque, à tous mes sentiments affectueux. »

La lecture de cette lettre terminée, l'évêque se retira sur-le-champ dans sa chambre. Quelques instants après il dictait pour le prince la lettre suivante :

« Montpellier, 3 février. Monseigneur, le comte de Blacas me fait parvenir ici la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire de Vienne, à la date du 8 février.

» Il ne m'appartient point de discuter ici, avec vous, Monseigneur, les graves questions dont vous voulez bien m'entretenir. Permettez-moi seulement de vous dire que, dans les lettres que j'ai pris la liberté devons adresser, j'ai dit simplement ce que, dans mon âme et conscience, m'inspire le dévouement à votre personne, à la France et à l'Eglise, mais cela sans aucune des allusions que vous avez cru y apercevoir.

» Comment, d'ailleurs, n'être pas touché de votre langage filial à l'égard du Saint-Père? Je bénirais Dieu de vous voir solliciter les conseils de sa prudence.

» Veuillez agréer. Monseigneur, l'hommage de mes très humbles et très dévoués respects. — Je mande au comte de Blacas que je regarderais comme un malheur la publication de votre lettre. Monseigneur ; et j'ajoute que d'ailleurs la publicité de cette lettre suppose nécessairement la publicité des miennes. »

Le prince passa outre et crut nécessaire de publier, en partie du moins, la lettre principale de l'évêque et la sienne. Voici les raisons que l'un de ses fidèles et dé-

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