‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 147 sur 259 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

voués serviteurs fut chargé d'en donner à Tévêque d'Orléans.

« Monseigneur, je suis chargé par M. le comte de Chambord de vous accuser réception de la lettre que vous lui avez adressée de xMontpellier en date du 13 février, et je m'empresse, avant le départ du courrier, qui doit avoir lieu dans quelques instants, d'exécuter ses ordres.

» Monseigneur me charge en outre d'expliquer à Votre Grandeur que la persistance des bruits de nature à égarer l'opinion publique sur les sentiments qu'on lui prête par rapport au rapprochement des deux branches de la maison de Bourbon, a pu seule le déterminer à faire publier sa lettre du 8 février.

» M. le comte de Chambord, comprenant à merveille que cette publication devait être nécessairement précédée des réflexions que vous lui soumettiez, a donné ses instructions en conséquence.

» N'ayant en vue, dans sa réponse, que la dernière partie de votre lettre du 25 janvier, il a pensé qu'il devait se borner à cette reproduction ; les autres appréciations contenues dans les premières pages ayant, tant sur la République que sur l'altitude des princes d'Oiléans, un caractère d'intimité confidentielle qu'on ne saurait sans désagrément pour Votre Grandeur livrer aux commentaires malveillants du public.

» M. le comte de Chambord veut encore que je vous dise. Monseigneur, qu'il espère bien rester jusqu'à sa dernière heure le fils le plus humble et le plus dévoué du Saint-Père, prêt à lui obéir en tout et pour tout dans toutes les matières de foi et de conduite spirituelle, mais qu'il est d'avis qu'on doit s'en tenir aux impulsions de sa conscience et ne pas faire intervenir à tout propos cette grande et suprême autorité dans les questions qui appartiennent purement et excltisivement ait domaine de la politique..,

y> Veuillez me permettre de déposer aux pieds de Votre Grandeur l'hommag^^de mon profond respect.

» Comte de Sainte-Suzanne.

» Vienne, ce 18 février 1873. »

Telle était, en effet, non la répugnance de M^'" Dupanloup pour le drapeau blanc, il n'en avait aucune, mais sa conviction sur les sentiments du pays à cet égard, qu'il ne craignait pas de conjurer le prince, nous Tavons vu, de demander, sur cette question, à une autorité plus haute que celle d'unévêque, non un ordre, mais une lumière. Bien plus, il avait écrit lui-même au Pape pour le conjurer de vouloir bien lever les scrupules qui arrêtaient ici le prince :

(( 23 janvier 1873. Très-Saint-Père... les choses en sont arrivées chez nous à un tel point, qu'il peut se produire en France, d'un jour à l'autre, des événements décisifs : le retour de la Révolution avec des guerres civiles, affreuses, dans lesquelles les passions populaires se porteront aux derniers excès ; et, ce que tout le monde prévoit, c'est que l'Eglise y sera nécessairement impliquée.

» Dans une telle situation, il n'y a pour la France qu'un espoir de salut : c'est la monarchie héréditaire et traditionnelle personnifiée dans la maison de France, mais unie et non point divisée...

» En ce moment ni l'armée, ni une grande partie de la nation, ne veulent renoncer au drapeau actuel.

» Quand on a la mission et le devoir de sauver un pays, il faut pourtant bien, hélas ! prendre ce pays comme il est, et se résigner à traiter la France comme un malade, avec les ménagements dus à un malade. A tort, soit, mais enfin, en fait, la France n'acceptera pas le drapeau blanc. C'est ce que l'expérience doit avoir maintenant démontré à M. le comte de Ghambord.

» On dit que le malheur la forcera à y revenir. Erreur ! Et d'ailleurs c'est ce terrible avenir lui-même qu'il s'agit de conjurer.

» De nobles scrupules, sans doute, ont jusqu'ici retenu le chef de la maison de France. xMais sans se prononcer pour aucun des partis qui divisent la France, et en se réservant pour toutes les éventualités. Sa Sainteté ne pourrait-elle lever ces scrupules ? Xe pourrait-elle simplement faire dire au prince qu'un drapeau n'est pas un principe; qu'il n'y a chez lui, dans cette fidélité à un symbole.

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