‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 148 sur 259 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

qu'un sentiment noble, que tout le monde comprend et admire, mais au-dessus duquel, enlin, il va une raison décisive, le salut de la France, les intérêts du pays, de l'Eglise et de la société ? Et ce sentiment lui-même, il y aurait moyen peut-être de lui donner satisfaction, dans une mesure légitime, en conservant une partie de ce symbole : la fleur de lis, par exemple...

» C'est au nom de ces grands intérêts, Très-Saint-Père, et dans la persuasion qu'un mot de Votre Sainteté peut en ce moment épargner à la France les plus grands malheurs, que je me suis permis de placer respectueusement sous ses yeux ces pensées... »

Celte lettre, l'évêque d'Orléans voulut la faire remettre au Pape par le cardinal Antonelli, auquel il adressait également la lettre suivante :

« ... Le flot démagogique monte toujours, Monseigneur ; d'un autre côté, les jours de l'Assemblée nationale sont comptés. Quand elle sera forcée de se séparer, ce qui ne peut tarder beaucoup, si l'union n'est pas faite entre les princes de la maison de France, les élections seront effroyables et la France est perdue.

» Or, Monseigneur, cette union si nécessaire, si attendue, après qu'on a laissé échapper déjà tant d'occasions de la conclure, voilà qu'en ce moment il s'en présente une nouvelle; comme si la Providence, pour empêcher notre perte définitive, se plaisait à nous ofl"rir, tous les six mois, pour ainsi dire, une nouvelle ancre de salut.

» Cette occasion, c'est. Monseigneur, les dispositions plus favorables que jamais des princes d'Orléans, leurs affirmations les plus empressées et les avances évidentes qu'ils viennent de faire, ainsi que je le raconte au Saint- Père, ce 21 janvier, sous les yeux de tout Paris.

» Le point capital, maintenant, ce serait de décider M, le comte de Chambord à faire de son côté quelque chose ; ce serait de le persuader sur la question du drapeau. Il peut voir aujourd'hui ce qu'il eut été facile de prévoir d'abord : c'est que ni l'armée, ni la masse de la nation, ne consentiront jamais à renoncer au drapeau national.

y) M. le comte de Chambord fait de son drapeau un principe : mais c'est là sa grande erreur. Il n'y a là qu'un symbole, et lant que M. le comte de Chambord s'obstinera à le garder, il aura beau faire, il troublera les uns et donnera un prétexte aux autres.

» Quand on étudie, dans l'histoire de France, les vicissitudes du drapeau français, on s'étonne encore plus de cette persistance de M. le comte de Chambord à identifier la monarchie qu'il représente avec un drapeau qui a change tant de fois. »

Et après avoir fait l'historique du drapeau français, l'évêque d'Orléans concluait ainsi :

(( Il est donc indubitable qu'il ne s'agit pas là d'un principe; que ce que les rois ses aïeux ont fait, M. le comte de Chambord aussi pourrait le faire, et que, si respectable que soit le sentiment qui l'attache au drapeau blanc, la cause de la monarchie héréditaire et traditionnelle ne se confond pas nécessairement avec ce symbole. Il n'est pas moins manifeste que les motifs qui conseillent ici une transaction sont supérieurs à toute considération personnelle.

. » Je dis une transaction, car il y en a plusieurs de possibles. Par exemple, M. le comte de Chambord pourrait, à l'exemple d'un grand nombre de ses prédécesseurs, avoir son enseigne royale, et la nation garder ses couleurs; c'est du reste ce qui a lieu en Angleterre, en Prusse et dans la plupart des Étals de TEurope. Ou bien encore il pourrait, comme symbole du retour de la France à la monarchie traditionnelle, fleurdeliser le drapeau tricolore...

» Par toutes ces considérations, si Votre Eminence venait à persuader le Saint-Père de la grande utilité d'une démarche faite en son nom auprès de M. le comte de Chambord pour amener ce prince à des vues moins absolues et moins inflexibles, Elle aurait fait assurément une grande chose, et dont les conséquences pourraient être immenses.

') Il ne resterait plus alors qu'à trouver la personne à la fois habile, prudente et sure que le Saint-Père pourrait

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