CHAPITRE XL
envoyer, avec une telle mission, à M. le comte de Chambord. »
A ces communications le cardinal Antonelli se borna à répondre que, dans des questions si délicates, et alors surtout qu'il n'était demandé par les intéressés ni une direction, ni un conseil, ne una direz ioney ne un parère j le Saint-Père ne pouvait prendre aucune initiative.
Tels sont les faits. Les commentaires, bien entendu, allèrent leur train, et ils étaient loin, dans certaines régions, d'être favorables à Tévéque. Aussi quelques-uns de ses amis le pressaient-ils de s'expliquer publiquement. Réflexion faite, il crut plus respectueux et plus digne de ne point se plaindre , ni discuter avec le prince dans la presse. « Cher ami, écrivait-il le 1" mars à un de ses collègues à l'Assemblée, M. A. de Rességuier, je ne publierai rien, car je ne veux rien ajouter aux torts que se fait et fait à la France mon correspondant. On m'écrit que l'extrême droite est désolée de la publication de la lettre, et le plus ardent d'entre eux me l'écrit expressément au nom de ses co-signataires. » Il se contenta de répondre à un journal légitimiste qui avait reproduit une lettre empruntée au Courrier de Bruxelles^ et pleine d'inexactitudes, les quelques lignes que voici :
« Viroflay, 51 mars 1873. .. Ces inexactitudes, je ne veux pas les relever en détail, parce que je suis résolu à maintenir, en ce qui me concerne, leur caractère absolument confidentiel aux lettres que j'ai eu l'honneur d'adresser à M. le comte de Chambord, ainsi qu'à tout ce qu'il a bien voulu m'écrire et me faire écrire.
y> Mais il est une assertion contre laquelle il m'est impossible de ne pas protester, parce que d'autres que moi y sont impliqués. Le correspondant du journal belge, parlant de mes lettres dont un fragment a été publié, écrit : « La vérité est que cette lettre avait été concertée dans une réunion où figuraient plusieurs amis des princes d'Orléans, et entre autres M. de Falloux. »
» Cette assertion est fausse, et de tout point. La vérité est que je n'ai concerté cette lettre absolument avec qui que ce soit, si ce n'est avec ma conscience.
» J'ai rempli un devoir en disant ce que je croyais, ce que je crois encore la vérité, à celui qui a l'honneur et la responsabilité de représenter en France le principe de l'hérédité monarchique.
» Cela m'a valu, m'assure-t-on, bien des injures. Je les ignore et ne sortirai pas dune réserve qui me paraît convenir beaucoup mieux aux intérêts qu'on prétend servir que de mensongères indiscrétions. »
Pendant ce temps-là, la commission des Trente, à Versailles, poursuivait sa tâche ingrate au milieu de la division sans cesse croissante des conservateurs. L'élection de M. Barodet, nommé à Paris contre M. de Rérausat malgré l'appui de M. Thiers, vint bientôt montrer tout le chemin que le radicalisme avait fait en France. Après cette élection, M?'' Dupanloup écrivait à M. du Boys :
«Orléans, 15 mai 1873. Je ne saurais vous dire l'horreur que m'inspire la perspective de mon retour dans cette malheureuse Assemblée, où se trouvent en si grand nombre les plus honnêtes gens et les meilleurs chrétiens de France, mais sans chef; la perspective de rencontrer là, triomphants et en plus grand nombre, les sauvages ennemis de la société et de la religion, en présence des honnêtes gens divisés entre eux, et irrités les uns contre les autres, et attirant par là, sans le vouloir, sur eux, la malédiction prononcée par Xotre-Seigneur : Onme regnum divisum in se, desolabitur...
» N'est-ce pas là le royaume et la maison de France à l'heure qu'il est?
» Les fureurs des uns et Finfatuation des autres, et les excès de certains esprits, ne poussent-ils pas visiblement à cette désolation et à cette ruine?
» Quoi qu'il en scit de ces tristes prévisions, et malgré la profonde défaillance de ma santé, je resterai à mon poste, ne fût-ce que pour ne pas le livrer, et dussé-je ne plus servir là que de témoin aux maux que je ne puis empêcher. »
Mais subitement la face des choses changea, le 24 mai se fit avec une facilité incrovable, et à M. Thiers succéda