CHAPITRE XL
le maréchal de Mac-Mahon. On respira et on espéra, sous l'ombre de cette loyale épée. Il y avait au sommet des choses un homme qui, celui-là, véritablement, ne tromperait personne. Puis, tout à coup, pendant la prorogation de l'Assemblée, la France apprit que M. le comte de Paris, le 5 août, dans une noble inspiration, était allé rendre visite à M. le comte de Chambord. La maison de France apparaissait enfin au pays unie et prête à répondre, si on l'appelait.
Nul ne se réjouit plus que l'évêque d'Orléans d'un résultat auquel il avait tant travaillé ; mais il fallait en profiter. On s'en occupait activement à Versailles. Eloigné du théâtre de l'action, — il prenait alors ses vacances enDauphiné, — plus que personne l'évêque d'Orléans sentait qu'il n'y avait pas de temps à perdre, qu'il était urgent d'agir, et il le disait, il l'écrivait à tous ses amis politiques. Voici une des nombreuses lettres par lesquelles il aiguillonnait alors le zèle de ceux de qui l'action dépendait ; il l'adressait à un jeune député, M. le marquis Albert de Costa ; on y verra le reflet vrai de ses pensées :
«15 septembre 1873. La noble démarche de M. le comte de Paris et l'union de la famille royale de France nous permettent d'entrevoir des temps meilleurs pour notre pays; et il me semble impossible que, sous le coup de tant de malheurs publics et privés, nous ne profitions pas enfin tous des leçons et des bienfaits de la Providence.
» Il faut faire la monarchie. Jamais les circonstances n'ont mieux servi cette grande cause.
» La monarchie se présente aujourd'hui avec un caractère essentiellement secourable et national. Elle donnerait satisfaction à ce besoin de sécurité sociale et de stabilité politique qu'éprouve notre pays fatigué de l'inconnu auquel le condamne la République, et elle rendrait en même temps à ce pays, si cruellement blessé dans sa gloire la plus chère, un prestige d'honneur que nulle autre forme de gouvernement ne lui peut donner.
)) Je crois que parmi nos amis, et, sinon parmi nos ennemis, même parmi nos adversaires, il n'y a qu'une voix à cet égard, et je ne m'en étonne pas; car c'est la
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force des choses et la logique de la situation. Mais ce qui est ma conviction, c'est que, cette monarchie, il faut la faire sans retard : sinon, la fusion, faite si heureusement, aura Tair, passez-moi l'expression, d'avoir fait long feu, €t, comme dit l'Evangile, « hientôt le dernier état de cet homme deviendra pire que le premier ». Oui, ce sera pire qu'auparavant, car on pourra nous dire: «Vous êtes enfin tous réunis et vous ne pouvez rien. »
» Il est manifeste d'ailleurs que le provisoire n'est plus possible sous aucune forme : tout le monde en a assez. Inutile de redire que la République la meilleure est en France une forme de gouvernement essentiellement démoralisatrice, qui paralyse les bons et encourage les méchants, €t désorganise tout.
» Il est manifeste aussi qu'il faut faire la monarchie avec cette Assemblée-ci. C'est la meilleure, la plus chrétienne que la France ait eue depuis des siècles. Si elle ne fait pas l'œuvre qui est à faire, l'œuvre ne se fera jamais; et l'Assemblée qui succédera, au lieu de fermer et de combler l'abîme, y précipitera la France.
» Tous les partis, sauf la gauche la plus extrême, s'accordent à reconnaître que l'unique pouvoir légitime qui ait actuellement le droit et la puissance de commander à notre pays, est cette Assemblée, à laquelle la France a, dans le plein et régulier exercice de sa souveraineté, confié la mission de la sauver.
j) M. le comte de Chambord a dit lui-même : « La parole est à la France. » N'est-ce pas dire que c'est à la France de faire connaître elle-même sa volonté? Et par qui parlera-t-elle? Ce ne peut être que par un plébiscite, dont nul de nous ne veut, ou par la voix de cette Assemblée, qui seule peut reprendre et renouer souverainement la tradition monarchique brisée, en proclamant la monarchie héréditaire et constitutionnelle rétablie dans la personne de M. le comte de Chambord, chef de la maison de France.
» Mais, mon cher ami, ce qui est également manifeste, c'est que cette grande œuvre ne peut et ne doit se faire quà coup sur. On y réussira si M. le comte de Chambord