‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 16 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

science, seule faculté qu'on ne fatigue jamais, de s'ouvrir aux voix qui viennent de Rome, le vicaire de Jésus-Christ ne pourrait-il pas dire à tous ces hommes affolés de plaisir, qui se divertissent et qui dansent sur des abîmes : Que deviendriez-vous tous sans moi? Vous vous enrichissez, vous vous amusez, vous vous querellez et vous tuez; mais que serait-ce de ce monde livré à lui-même, et que pèseraient toutes seules vos sciences, vos doctrines et vos industries au milieu de l'océau de l'erreur et du mal, pour abriter la pureté de vos filles et l'honneur du nom d'homme? Que serait-ce si, pendant vos agitations, vos cupidités et vos folies, la sainte Eglise de Dieu n'était pas là, source perpétuelle de vertu, foyer permanent de lumière, indestructible asile des vérités qui vous sauvent? Et moi, Pierre, je demeure à ce poste depuis dix-huit siècles, et qu'il est heureux que je sois immuable au milieu de voti'e infirme et perpétuelle mobilité ! Et je vais même vous donner aujourd'hui une preuve de plus de mon obstination et de ma constance : Continuez vos expositions et vos industries, car ne croyez pas que je les condamne; non, je les admire et je les bénis, elles font honneur au génie de l'homme; mais pendant qu'elles vous appliquent aux choses de la terre, je vous invite à des pensées plus hautes, et, traitant pour vous des choses de l'àme, moi, je ferai mon Concile ^ »

1. Le pamphlétaire déjà cité, après avoir prétendu que M'' Dupanloup, dans cette lettre pastorale, simple commentaire de rallocution pontificale, « donne et impose son programme », ajoute : « Il eut hâte d'aller proclamer ce qu'il prenait pour sa première victoire {qndLnd est-ce que Msi" Dupanloup a parlé ainsi?) dans un de ces Conciles laïques... où il était sûr de dominer, parce que la cabale et Vintrigue remportent là de faciles victoires. Il se rendit au Congrès de Malines, » etc. — Non, la cabale et Vintrigue ne régnaient pas dans ces grandes réunions catholiques, qui ont préparé la victoire des catholiques en Belgique, et qui ne méritent pas d'être ainsi traitées; et loin de prétendre dominer dans une assemblée présidée par un cardinal, non seulement l'évêque d'Orléans ne s'ingéra pas au Congrès de Malines, mais invité par le cardinal, il refusa péremptoirement d'y assister. Le cardinal insista : « Malines, 7 août 1867. La réponse que Votre Grandeur a eu la bonté de m'adresser le 15 juillet dernier ne me décourage pas, et je veux conserver l'espoir de La voir assister à la prochaine

ni. - 2.

Et en effet, pour le dire en passant, cet évèque si sympathique à son pays et à son temps, était de ceux qui applaudissent à tout ce qui se fait de grand sous leurs yeux, et qui voudraient que la religion ne fût étrangère à rien de ce qui honore l'humanité. Pour les expositions en particulier, il était de ceux que ces nobles efforts de l'homme pour dompter la nature et la plier au service ou à l'ornement de la vie font tressaillir. Il alla, à son retour, visiter cette Exposition dont il venait de parler si éloquemment.

Le jour même où sa lettre pastorale avait paru, il reçut de Rome l'allocution pontificale en réponse à l'Adresse des évèques. Il ne put s'empêcher d'en dire sa joie à M?f Franchi :

(( Cher et vénéré seigneur, je vous quitte à peine et je viens de nouveau^vous revoir et vous entretenir quelques moments encore ; mais cette fois c'est pour vous remercier et vous bénir.

» Vous remercier de tout ce que vous avez fait pour moi, vous bénir de tout ce que vous avez fait pour l'Eglise dans ces dernières et mémorables circonstances.

» Je souhaite au Saint-Père d'avoir toujours, pour ses grands desseins, des collaborateurs aussi dévoués que vous et aussi intelligents des vrais besoins de l'Eglise.

» Je reçois à l'instant la dernière allocution du Pape en réponse à l'Adresse des evéques, et j'en suis tellement touché et ému, que je vous demande d'en mettre aux pieds du Saint-Père ma reconnaissance, mon attendrissement et mon admiration.

assemblée des catlioliques. Tous le désirent vivement, et moi le premier je ne puis me dispenser de faire de nouvelles instances... Je prie Votre Grandeur de faire l'impossible, ne fût-ce que pour faire une apparition. »

Voilà comment l'évêque d'Orléans se hâta d'aller prodamer sa victoire à Malines. A cette généreuse déférence d'un évêque, d'ailleurs accablé de travaux, sur des instances faites en de tels termes et par un tel prélat, on voit quels motifs l'accusateur n'a pas craint de substituer. Du reste, s'il est un discours inattaquable, en dehors des querelles, courageux contre les ennemis de l'Eglise, réconfortant pour les catholiques, c'est bien ce discours de Malines.

Page 1