CHAPITRE XI
veut bien s'y prêter, et s'entendre avec l'Assemblée pour fonder un gouvernement qui réponde aux vœux et aux aspirations du pays, qui assure la dignité de la France, la paix au dehors, la sécurité au dedans. Et je suis convaincu qu'il s'y prêtera. Il n'y a plus, depuis longtemps, qu'une seule difficulté : vous la connaissez. M. le comte de Chambord peut seul la résoudre. 11 ne peut plus se faire aucune espèce d'illusion là-dessus, et comme on dit vulgairement, mis non pas seulement au pied du mur, mais au pied du trône chrétien, comme il l'est, sa responsabilité ne peut pas manquer de lui apparaître et de l'éclairer. Que s'il peut persuader Vannée, tout est dit, et il n'y a plus de difficulté. Que s'il ne le peut pas, rien ne se fera, et la France périra. Et l'Assemblée la plus monarchique du monde n'aura travaillé qu'au profit de la démagogie. Voilà à quoi les meilleurs amis du prince doivent sérieusement penser, et devant Dieu.
» Telle est la situation : comme on l'a dit, jamais illusion ne pourrait être plus funeste que celle qui cacherait en ce moment aux plus dévoués partisans de la monarchie la vérité de cette situation. Jamais la prudence, la perspicacité, l'esprit de modération et de mesure ne furent plus nécessaires à ceux-ci pour les tenir en garde contre le mirage trompeur de leurs prédilections personnelles.
» Voilà, cher ami, les réflexions que me suggère notre laborieuse situation. Si vous jugez possible de les communiquer à notre excellent collègue M. Lucien Brun, j'en serai charmé et je serais très heureux d'avoir sa pensée sur ce qu'il croit possible dans la grave situation où nous nous trouvons.
» Dites-moi aussi quelles sont vos vues, vos espérances. »
On sait ce qui eut lieu à Versailles : l'Assemblée n'étant pas encore réunie, et peut-être fut-ce une faute de n'en point hâter le retour, un certain nombre de députés se mirent en devoir de préparer la majorité nécessaire pour le rappel de la monarchie. Car il y a une chose qu'il ne faut pas oublier : c'est que les légitimistes ne constituaient
pas à eux seuls la majorité, et il y avait en dehors d'eux des hommes dont Tappoinl était absolument nécessaire pour le succès de ce que l'on méditait.
Le moment pour tous était suprême. Les attaques contre M. le comte de Chambord et les monarchistes de l'Assemblée étaient d'une àpreté singulière, dans la presse hostile. Elle sentait la République menacée, elle poussait des cris de rage. Le plus difficile n'était pas d'élaborer un projet de constitution : on aurait pu le trouver à peu près tout entier dans les anciennes lettres du prince. On s'inspira des souvenirs de la première Restauration. La grosse affaire, surtout depuis le manifeste du 5 juillet, était le drapeau. Demander un démenti au prince était impossible; comment donc tourner la difficulté? On y réussit, par une formule heureuse, grâce à laquelle ni le roi ne retirait ses manifestes, ni les partisans du drapeau tricolore n'en faisaient le sacrifice immédiat. Mais le roi accepterait-il? On députa à Salzbourg M. Chesnelong. Qu'obtint à Salzbourg U. Chesnelong?
Selon V Union, il avait complètement réussi. « Il s'est fait, écrivait l'organe de M. le comte de Chambord, un accord complet et définitif à Salzbourg. » Au contraire, l'Univers proclamait le programme porté par le député des groupes parlementaires de droite inacceptable « à la conscience du chrétien et à l'honneur du prince )">. Ce qu'on voulait faire, disait le même journal, était « une réédition du contrat social » de Rousseau. Cette contradiction entre les deux principales feuilles monarchistes troublait l'opinion et favorisait déplorablement la polémique des journaux antimonarchistes et anticatholiques. Néanmoins, la monarchie est faite, tel était le cri général. Avec une loyauté parfaite, le gouvernement, dont M. de Rroglie était le chef, sans y prendre part, laissait toute liberté aux négociations.
Cependant les vacances de l'Assemblée allaient prendre fin. Au moment de s'ajourner, en juillet, il avait été voté par elle que des prières seraient faites dans toutes les églises de France avant l'ouverture de chaque session, pour appeler les bénédictions de Dieu sur les travaux par-