CHAPITRE XIÎ
nisalion d'un serviteur de Dieu doit être, sur les lieux mêmes où il a vécu, l'objet d'enquêtes préliminaires, qu'on appelle le procès de l'ordinaire. La tjuestion à examiner dans ce premier procès est celle de l'héroïcité des vertus, condition de la vénérabilité : pour la béatification et la canonisation, d'autres conditions sont nécessaires. Du reste le Souverain Pontife se montra très favorable à cette pensée, ainsi que le cardinal Patrizzi, président de la congrégation des rites, et M?r Bartolini, aujourd'hui cardinal, alors secrétaire de la même congrégation.
Un agréable incident de ce voyage fut une course à Nettuno, l'Ântium des Romains, où se trouvait, avec ses trois fils aînés et leurs jeunes femmes, et ses autres enfants, le prince Borghèse, qui lui avait donné à Rome l'hospitalité de son palais : nécessaire politesse, et aussi dévouement épiscopal à toute cette famille; car, comme toujours, il s'occupait là des âmes, et prodiguait à tous ses conseils avidement sollicités. On lui fit faire une grande promenade dans une forêt appartenant au prince, avec retour sur les bords de la mer, aux rayons du soleil couchant : rien ne reposait plus son âme que la splendeur de ces horizons italiens. Il se donna aussi la joie d'une excursion àNaples, pour y visiter le cardinal Riario Sforza, dont le noble caractère et l'attitude vis-à-vis du gouvernement italien, et dans les élections municipales, où il venait d'obtenir un grand succès, avaient toute sa sympathie.
Il était de retour à Orléans le 7 mai, veille des fêtes de Jeanne d'Arc. Le maire, au nom de la ville, lui exprima le vœu « de voir l'Eglise rendre un hommage aux vertus héroïques et à la mission providentielle de celle qui en sauvant Orléans avait sauvé la France». Le Chapitre exprima le même vœu. Ainsi requis de commencer les procédures, l'évêque constitua sur-le-champ le tribunal, et sur-le-champ le tribunal se mit à l'œuvre.
Puis, à travers les agitations de la session législative, et nonobstant ses discours sur la loi militaire dont nous avons parlé, il s'occupa de préparer l'écrit promis au Pape;
il acheva d'en corriger les épreuves à Menthon et à Lacombe pendant les vacances parlementaires du mois de septembre ; puis, pour le soustraire plus sûrement à la police italienne, il le fit porter à Rome même : c'était une Lettre à M. Minghetti, ministre des Finances, sur les spoliations du gouvernement italien envers VEglise, à Rome et dans V Italie. Le Saint-Père, qui en reçut le premier exemplaire, déclara cette brochure « irréfutable », et, sur-le-champ, fit remettre un bref de remerciement pour révèque d'Orléans à celui qui l'avait apportée. Elle fit une sensation profonde. L'écrivain soudoyé par le ministre italien pour y répondre releva à grand'peine quelques inexactitudes de détail : Tensemble subsista dans son écrasante vérité. Le Journal de Florence, organe officieux de Rome, la proclama « une admirable défense de la souveraineté pontificale ». Sous ce titre : Au défenseur de notre Saint-Père Pie IX, félicitations et remerciements des Italiens, l'abbé Margotti, rédacteur en chef de VUnità cattolica, provoqua un mouvement d'adhésion à Tévêque d'Orléans; de tous les points de l'Italie des adresses lui arrivèrent. L'évêque d'Orléans saisit cette occasion de rendre un éclatant hommage au clergé italien : « Nul témoignage, écrivit-il à l'abbé Margotti, ne pouvait m'étre plus précieux que celui de tant de prêtres et d'évêques vénérables, si fermes dans leur attachement à l'Eglise et à son chef suprême, si généreux dans les épreuves qu'ils traversent, si calmes et si intrépides dans la lutte qu'ils soutiennent pour la défense de nos droits les plus sacrés.»
Et dans une autre lettre de remerciement au Journal de Florence, voici comment l'évêque d'Orléans lui-même résumait son écrit : « C'est, disait-il, un simple syllogisme : deux prémisses et une conclusion. Au mépris de toutes ses promesses, et il les énumérait, l'Italie a spolié indignement, implacablement, l'Eglise romaine : première prémisse; ces spoliations attaquent, entravent le gouvernement spirituel lui-même du Saint-Siège : seconde prémisse; d'où cette inéluctable conclusion : que la question romaine n'est pas résolue; que les droits de con-