CHAPITRE XII
science du monde catholique sont violés; qu'une cause de perturbation morale immense est posée dans le monde; et que, par conséquent, il est nécessaire dé rendre au Pape sa souveraineté pour lui rendre sa liberté. »
Rien n'est fort comme ces écrits d'un plan si simple et d'un sens si clair. Cette importante démonstration était le motif supérieur et le bénéfice sérieux de cet écrit. On n'en pouvait espérer d'effet immédiat; mais il importait de ne pas laisser l'usurpation prescrire en silence, de constater qu'il y aura là une revendication éternelle de la conscience catholique, et de remettre enfin à l'ordre du jour une question qui y restera obstinément, invinciblement, tant qu'une autre solution ne sera pas intervenue.
Citons seulement du tableau des spoliations italiennes le passage suivant, qui tempérait d'un reflet de poésie les vives invectives dont tout l'écrit retentissait :
«.( Que ferez-vous de ces cloîtres envahis par vos agents? J'ai vu à Naples la célèbre Chartreuse, ce monument admirahleque toute l'Europe a visité, sur cette belle montagne, en face du Vésuve et de cette mer rayonnante. Autrefois, un religieux, affable et bon, accueillait le voyageur, lui offrait un rafraîchissement, lui montrait avec intelligence le monastère: c'est aujourd'hui un grossier soldat, faisant des elTorts ridicules pour parler un mauvais français, qui vous accueille et vous conduit. A la place de la superbe bibliothèque, enlevée et jetée on ne sait où, on a mis un magasin de faïences peintes. Voilà un grand progrès pour la civilisation ! Des trente-deux religieux qui étaient là, deux seulement sont restés, qui errent tristement dans la solitude de ces cloîtres désolés : plus de chant des louanges de Dieu ; plus de ces vieux moines blancs qui se promenaient majestueusement sous ces beaux portiques, et se levaient pour prier Dieu dans la splendeur des nuits de Xaples, pendant que la grande et populeuse cité dormait aux pieds de la sainte montagne.
» Ainsi la religion, la poésie et l'art avaient sanctifié tous les sommets, toutes les vallées, tous les sites radieux de cette belle Italie. De partout la prière y montait vers
Dieu enaccents ininterrompus. Dans ses solitudes comme dans ses cités, partout l'àme y avait ses asiles pour la vie désintéressée et sainte, pour Tétude tranquille, pour les dévouements de l'apostolat et de la charité. Toutes ces créations de la foi catholique sur cette terre chrétienne ont disparu ou vont disparaître ; on ne renverse pas encore [ tous ces murs ; mais l'àme n'y est plus ! la vie n'y est plus ! on n'y a laissé ni religion, ni poésie, ni vérité, ni rien ! » Quoique accoutumé aux surprises de la polémique, celle qu'il rencontra alors était faite pour l'étonner : il fut encore attaqué pour cet écrit. Selon son éternel contradicteur, VUnivers, au fond, l'évêque d'Orléans se résignait aux faits accomplis, et, pour en finir avec la question romaine, il faisait appel, il livrait le Pape à l'arbitraire d'un congrès. Une telle interprétation faisait de son écrit une trahison, mais en même temps quelque chose d'absurde et d'incompréhensible ; la conclusion contredisait les prémisses et les prémisses la conclusion. L'adversaire de M^"" Dupanloup abusait misérablement d'une [)hrase et la mutilait pour créer une équivoque. Mais il fallait à tout prix élever des nuages, afin d'obscurcir le prestige que reconquérait tous les jours cet évéque. Il avait dit en termes formels : « Il faut rendre au Pape sa souveraineté, pour lui rendre sa liberté; » développant cette conclusion, il ajoutait : « C'est le devoir comme l'intérêt de l'Italie; et si elle ne le fait pas, cest à VEurope à l'y contraindre. » Quoi de plus simple pour la bonne foi? Cependant l'équivoque, partout où elle devançait la brochure, faisait son chemin, troublant les uns, indignant les autres. Un petit journal italien alla jusqu'à dire : « Non content d'avoir empêché le comte de Chambord de monter sur son trône, l'évêque d'Orléans veut empêcher le Pape de remonter sur le sien. » L'évêque d'Orléans était d'autant plus impatient de couper court à ces commentaires, qu'ils étaient reproduits, avec des éloges compromettants, par le journal la France. Mais quelle impression auraient-ils faite à Rome? Il voulait le savoir avant de répondre, et il attendait avec anxiété son messager. Celui-ci avait constaté, à Florence et à Turin, les elTets