CHAPITRE PREMIER
» Jamais, du reste, je n'ai senti, je dirais presque jamais je n'ai vu de si près l'inspiration de l'Esprit-Saint dans le successeur de Pierre.
» Avec quelle lumière, avec quelle fermeté, le Saint- Père a été droit au but, à travers les incertitudes, les objections, les difficultés î C'est vraiment extraordinaire.
» Quand maintenant le Saint-Père a^ra fait la seule chose qui reste à faire, la bulle de convocation, une bulle magnifique, laissez-moi vous le dire, pleine, non pas de terreurs, mais d'espérances, de sérénité et de paix, le Saint-Père aura fait la plus grande chose et accompli le plus grand événement de ce siècle.
» Et croyez-moi, cher Seigneur, l'enthousiasme des évêques, du clergé, des hommes religieux, des hommes politiques, est tel qu'il n'y a pas à tarder.
» Le Saint-Père a prononcé les grands mots: Perutile, necessarium, commune desiderium.
» Eh bien, le moment est venu. Si on laisse le Concile en l'air, c'est une provocation aux révolutionnaires ; avec la bulle, c'est un bouclier invincible. »
M?'" Franchi lui répondit :
c( La grande affaire du Concile marche très bien. Une grande commission des cardinaux les plus savants a été nommée, et celle-ci devra nommer des sous-commissions de théologiens et de canonistes... Du reste, n'en doutez pas, je ferai tout ce qui sera en moi afin que la bulle de convocation soit faite le mieux possible, et rédigée avec dignité, modération, et sans heurter à personne. »
Après avoir reçu l'allocution du Pape, Lévéque d'Orléans écrivait : a Je ne puis oublier le sentiment profond et attendri que j'ai eu, lorsque j'ai reçu et lu la deuxième allocution du Pape, et vu consommée et si parfaitement cette grande affaire, et nos efforts si bénis de Dieu pour cette si grande chose. Le lendemain, j'en dis la messe d'action de grâces. » Et quand il traversa Annecy pour se rendre àMenthon, en pensant, ce sont encore ses propres paroles, à « ce petit enfant de cinq ou six ans qui jouait et courait sur les bords de ce lac, et était destiné à concourir à cette grande chose», il avait des larmes dans les
yeux ; et le lendemain, il écrivait, après son oraison : (uSuscitans a terra inopem, et de stercore erigens pauperem. »
Il arriva à Orléans le dimanche 28 juillet. Une foule immense remplissait révêché : M. Fabbé Desbrosses, au nom du clergé, lut une adresse pleine de joie et de cœur, à laquelle l'évéque repondit avec beaucoup d'émotion, parlant de Pie IX, des grands spectacles que Rome avait donnés au monde, des périls et des espérances de l'Eglise : puis il alla présider aux vêpres et au salut dans sa cathédrale, remplie comme au jour des grandes solennités.
Le soir, une fête qui lui était toujours agréable, l'attendait à La Chapelle : la représentation du Prométh ée d'Esch\\e. Cela complétait bien la série des pièces grecques, d"un intérêt croissant, déjà représentées par les élèves de cette maison : Philoctète, Œdipe à Colonne, les Perses, Prométhée ; l'individu, la famille, la patrie, Thumanité. Ainsi les bonnes traditions littéraires se maintenaient dans son Petit Séminaire. Le lendemain, à la distribution des prix, où il avait à ses côtés un évèque d'Orient et un évêque brésilien, il en félicita chaleureusement les élèves, dans une allocution respirant, comme toujours, l'amour de la jeunesse et des grandes lettres.