‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 162 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de sa personne jusqu'à Chambord, et par ses lettres jusqu'à Frolisdorf ; n'ayant recueilli de tous ses efforts qu'un hlàme solennel, la fusion accomplie, cependant, satisfait dans sa conscience de la part qu'il y avait prise, il s'est employé, de son influence encore et de ses écrits, à faire aboutir la Restauration; et quand la Restauration, non par son fait : est-ce lui qui a inspiré la lettre du 27 octobre? eut échoué, ses actes et ses écrits ont été incriminés devant l'Eglise et devant la France : n'importe, il a poursuivi son dessein, cherchant le possible, non le chimérique ; combattant, de quelque part quelles vinssent^ ce qui a toujours perdu toutes les causes, les intransigeances; dénonçant les périls, réclamant l'union, la conciliation, la concorde. Ce rôle, malgré les amertumes, et malgré les obstacles de jour en jour grandissants et plus forts que lui, nous le verrons y demeurer fidèle jusqu'à la tin, y user ses dernières forces, s'immolant là, comme partout, non au succès, mais au devoir.

L'horreur de ces divisions et de ces passions, dont les attaques contre sa lettre à M. Minghetli n'avaient été qu'une nouvelle explosion, inspira la lettre pastorale qu'il dut écrire pour demander, avant la reprise de la session législative, les prières votées par l'Assemblée. Il disait dans cette lettre :

(( Il serait inutile de le dissimuler et coupable de le taire, car c'est le plus grand péril de l'heure présente : ce qui nous menace le plus peut-être aujourd'hui, c'est moins encore l'audace et le succès croissant des ennemis de la société que nos propres dissensions. Eh quoi! nous marchons vers les abîmes : qui ne le voit"? qui ne le sent? Mais quel crime d'y pousser! Et quel crime aussi de ne pas l'empêcher, quand on le peut ! Mais non, c'est alors que nous fomentons des discordes, que nous aigrissons les dissentiments, que nous divisons nos forces, et que le grand parti conservateur de France offre le spectacle lamentable de désunions profondes. On se suspecte, on s'accuse, on se sépare, et on s'obstine dans la séparation et dans l'impuissance, et, par je ne sais quel esprit de

vertige et d'erreur, tous les eiïorts pour ramener l'union avortent tristement. Et, tandis que nos adversaires marchent contre nous en masses disciplinées et compactes, nos divisions à nous sont telles, que nous n'osons presque plus affronter la lutte. Oh! que leur union, leur discipline, devienne au moins le modèle de la nôtre, que leur zèle soit enfin la mesure de notre désintéressement et de nos efforts ! Est-il donc si diflicile pourtant de comprendre que ce qu'il faut sauver à tout prix, et ce que nos divisions perdraient sans retour, ce n'est pas seulement un parti, c'est la France! Ce n'est pas seulement la France, c'est, si Dieu ne les protégeait contre nos passions, c'est la religion, c'est le Saint-Siège, c'est l'Eglise! »

L'union! l'union 1 les sacrifices nécessaires pour l'union! c'était ce qu'il ne cessait de prêcher, et à tous. L'Assemblée ne pouvait pas être éternelle, ni le provisoire durer toujours. On approchait d'une solution. Dans sa conviction profonde, si l'on eût voulu replacer la question monarchique au point où elle en était à la veille du 27 octobre, on pouvait faire encore la monarchie : sinon, et il n'avait que trop raison dans ses prévisions, c'est la république qui se ferait. ]\]ais les partis étaient pris, et ailleurs prévalait la politique du tout ou rien : sa lettre pastorale fut violemment attaquée encore. Mais laissons ces choses.

Du moins fallait-il profiter de cette Assemblée — qu'on ne retrouverait plus — pour obtenir les grandes lois qui restaient à faire. C'était le tour enfin de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur, qui devait donner à l'évêque d'Orléans peut-être son plus éclatant triomphe; car c'est sur cette question capitale qu'il déploya ses plus grands efforts, et c'est lui qui, soit par ses discours à la tribune, soit par son autorité personnelle dans l'Assemblée, eut la part principale dans le vote définitif. Il la désirait ardemment : « C'est la loi de 1850, disait-il, qui fait, à l'heure qu'il est, qu'il y a une France chrétienne, laquelle tient, résiste, et empêche de tomber dans les abîmes. Comme en Belgique, c'est Louvain et les collèges catholiques qui font les médecins, les avocats, les hommes

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