‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 163 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

chrétiens qui soutiennent la Belgique au-dessus de l'eau. Voilà pourquoi- il nous faut la loi sur la liberté de l'enseignenrient supérieur. » Chose étrange que, dans un pays et un siècle si épris de liberté, celle-ci ait été si tardive et si difficile à conquérir, hélas! et si précairement conquise! Des trois libertés promises par la Charte, liberté de l'enseignement primaire, liberté de l'enseignement secondaire, liberté de l'enseignement supérieur, la loi de 1833 n'avait donné que la première, la loi de 1850 que la seconde; mais, le premier, et pour compléter son œuvre, M. de Falloux avait eu la noble ambition de donner aussi la troisième au pays; et une grande Commission, composée des hommes les plus éminents, fut nommée par lui pour préparer cette loi ; et à côté, et dans le même but, une Commission libre se forma pour étudier parallèlement; et à l'une et à l'autre Commission furent posées par le ministre, sous forme de programme, les questions les plus détaillées et les plus précises. L'Empire ne reprit cette pensée qu'en 1^869 ; une nouvelle Commission préparatoire fut alors nommée par le ministre de l'Instruction publique, M. Segris. Le ministre avait offert à l'évêque d'Orléans d'en faire partie : et celui-ci s'était excusé sur le peu de loisirs que lui laissaient les travaux préparatoires au Concile. Mais, dès les premiers jours de l'installation de l'Assemblée à Versailles, un ami de l'évêque d'Orléans, ancien ministre des Travaux publics, homme très sympathique à l'Assemblée, M. le comte Jaubert — on pensait qu'un nom laïque exciterait moins d'ombrages, et volontiers l'évêque d'Orléans s'effaça devant ce nom respecté — eut l'honneur de déposer, après en avoir beaucoup conféré avec Ms^ Dupanloup, un projet de loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. Ce projet fut renvoyé à une Commission dont le rapporteur fut un homme connu pour son libéralisme sincère, M. Laboulaye. Il fallut dix-huit mois, tant la question fut débattue au sein de la Commission, pour que le rapport put être déposé (15 juillet 1873), et dix-huit mois encore pour que la loi put venir en discussion. Par une douloureuse coïncidence, ce jour-là même, la mort de M. le comte Jaubert était annoncée à

l'Assemblée. Discussion mémorable, qui remettait en présence les deux grands adversaires des temps modernes, l'Eglise et l'impiété révolutionnaire, et dans laquelle l'Eglise eut le double et grand honneur d'avoir avec elle les amis et contre elle les ennemis de la liberté.

Huit fois celte grande loi amènera Tévêque d'Orléans à la tribune.

Dans la première délibération (4 décembre 1874), le principe seul de la loi était en cause. Nulle thèse n'allait mieux à son âme, à son talent. Il répondit à l'attente universelle, et eut certes, cette fois, « assez de vol en haut et en large ». Comme toujours, son discours fut une glorification de l'Eglise. El comme c'est un des plus beaux qu'il ait prononcés, on nous saura gré de redire ici quelquesunes de ces paroles qui ont conquis la liberté de l'enseignement supérieur en France.

En disculant la loi militaire, il avait dit ce que les vertus guerrières doivent aux vertus chréliennes; en discutant la loi sur les conseils de bienfaisance, ce que la chanté a fait dans le monde; il dit magnifiquement ce, jour-là ce que l'Eglise a fait pour le haut enseignement. La sensation fut profonde quand, après avoir tracé le tableau saisissant de loules les Universités dont l'Eglise avait autrefois couvert la France et TEurope, tout à coup il s'écria :

t(.Tout cela n'existe plus, tout cela est tombé sous les coups de la Révolution... La religion et la liberté avaient tout créé; la tyrannie et l'impiété révolutionnaire ont tout détruit. »

Opposant alors, par un contraste habile autant qu'éloquent, la détresse actuelle aux richesses d'autrefois : « Que voulez- vous, Messieurs, que je vous dise? Il y avait une flamme, vous l'avez éteinte! — Qui? vous? qui? — La Révolution. Vous aviez, avant 89, plus d'élèves, plus d'humanistes, avec ^i millions d'àmes, que vous n'en avez aujourd'hui avec 36 millions d'habitants. »

Ainsi préparées, les grandes raisons tombèrent alors de ses lèvres de tout leur poids :

(( Qu'est-ce donc que l'enseignement supérieur? C'est,

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