‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 164 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

si je sais bien le définir, le savoir humain dans sa dignité la plus haute; c'est, par conséquent, la plus haute éducation, la plus haute culture de l'intelligence humaine; c'est, par conséquent, la forme la plus distinguée, l'expression la plus solide et la plus brillante de la civilisation intellectuelle dun pays. »

De cette idée générale, après avoir passé à la définition du haut enseignement des lettres, des sciences, du droit, il exposa comment cet enseignement supérieur était une des exigences de la nature française et de nos sociétés démocratiques :

(( Favoriser le développement de la haute culture intellectuelle dans les sciences et dans les lettres, entretenir au sein de la société française le goût des études désintéressées et des plaisirs délicats de l'esprit, avec l'amour du beau, du gj*and, du juste et de l'honnête, qui est le fruit naturel de ces hautes études bien dirigées, je dis que c'est une nécessité, une gloire de notre caractère, et, si je puis m'exprimer ainsi, de la nature française. (Nombreuses marques d'approbation.)

» C'est aussi une nécessité de la science, de sa nature et de ses progrès déjà réalisés : non seulement pour la pousser en avant, ce qui est sa grande et magnifique loi, mais pour l'affermir et lui donner sa solidité et ses certitudes nécessaires, et la maintenir sur les hauteurs où l'ont élevée les vraies génies scientifiques, un enseignement supérieur largement organisé est la condition sine qua non.

» Là oi^i l'enseignement supérieur n'est pas organisé de la sorte, la culture de l'esprit court les plus grands périls. Au lieu des génies qui découvrent les astres et les mondes nouveaux, dans la simplicité et la grandeur de leur intelligence, vous n'aurez plus que des vulgarisateurs présomptueux et stériles; tous les élans et les vrais progrès de la science s'arrêteront fatalement; en un mot, les Christophe Colomb de l'intelligence vous manqueront, et vous n'aurez plus que les petits et timides navigateurs des côtes. (Mouvements divers.)

» Mais ce n'est pas tout . l'enseignement lui-même,

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rinstruction elle-même baisserait à tous les degrés d'une façon déplorable; car il est d'expérience que, si les premières études préparent aux études supérieures, les grandes études réagissent à leur tour sur les études inférieures et les élèvent après elles, pour les porter plus haut et plus loin.

» Enfin, j'ajouterai une dernière considération qui ne pourrait étonner que ceux qui auraient regardé superficiellement les choses :

» Une large et forte organisation de l'enseignement supérieur est surtout nécessaire dans une société à tendances démocratifjues comme la nôtre. Plus les bases d'une société en quelque sorte s'élargissent, plus il importe que les sommets ne baissent pas. (Vif mouvement d'approbation.)

» La véritable égalité n'est pas celle qui passe un niveau grossier et barbare sur toute supériorité et toute grandeur; mais celle qui permet à ce qui est noble et généreux de se produire, de s'épanouir et de monter... » (Très bient très bien!)

Partant donc de ces hautes pensées, il réclamait la liberté. Mais quelle liberté? Non pas la liberté illimitée; non pas la liberté d'enseigner à la jeunesse tout, absolument tout, même c( les opinions les plus étranges, les plus osées», comme on l'avait demandé. « A l'insu de leurs auteurs, s'écriait-il, de telles phrases sur la liberté de tout enseigner à la jeunesse sont de déplorables sophismes... Est-ce que les étudiants, ces enfants, ces. jeunes gens, sont en état de se défendre contre de tels professeurs, contre un tel enseignement? Et vous voulez que, moi, je les livre sans défense, avec un esprit encore si léger et imparfait, à toutes les séductions de cet enseignement, étrange et osé, auquel vous prétendez abandonner les chaires du haut enseignement !

Une voix à gauche. — Ce ne sont pas des enfants.

^W Dupanloup. — Messieurs, j'ai passé ma vie avec la jeunesse, je la connais, et je répondrai à l'honorable membre qui m'interrompt, qu'un jeune homme de dix-sept ans qui vient de passer son baccalauréat, qui va à ces

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