‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 165 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cours étranges et osés, est incapable de résister à cet enseignement.. Vous pouvez lui supposer toute la vigueur d'esprit que vous voudrez ; jamais assez pour une résistance sérieuse. Jamais vous ne trouverez un jeune homme de cet âge qui puisse résister à un pareil enseignement ; et voilà pourquoi, ami des pères de famille et ami de la jeunesse, je ne la lui livrerai jamais. »

C'est d'une liberté ainsi entendue, réglée non seulement par la loi, mais par la nature des choses, qu'il s'écriait dans une brillante péroraison :

(( La liberté donnera à l'enseignement plus de vie, lui ouvrira des horizons nouveaux, lui suscitera des méthodes nouvelles, des progrès nouveaux, une originalité, une fécondité qui n'appartiennent qu'à elle, et des secours inattendus.

» Vous n'avez pas de locaux... Vous n'avez pas d'élèves... Vous n'avez pas de professeurs : la liberté vous en donnera...

» Parmi ces professeurs, il y aura sans doute des ecclésiastiques : et quel malheur, s'ils enseignent b'ien'l {Rires approbatifs sur plusieurs bancs.) Il s'y trouvera aussi des chrétiens, de grands chrétiens, comme j'en connais, à l'heure qu'il est, dans l'Université elle-même...

» ,.. Non, Messieurs, ne rompez pas, renouez plutôt la noble et antique alliance, indignement brisée au dernier siècle, l'alliance toujours nécessaire et féconde, entre la religion et les lettres, entre le génie et la foi. Pour moi, je le répète, parmi nos contemporains, je n'en connais pas un seul assez riche, assez fort, assez puissant pour se passer du secours de ses pareils... >>

Un orateur bien différent, mais puissant aussi, M. Ghallemel-Lacour, lui succéda à la tribune : calme, maître de soi, passionné à froid mais à fond ; élégant, acéré, implacable. Ce fut entre le jacobin et l'évèque un duel mémorable. Le discours de M. Challemel-Lacour ne fut qu'un long réquisitoire contre l'Eglise ; il posa nettement l'antagonisme entre la société moderne et l'Eglise, accusa la loi de faire deux Frances, et, comme si la France catho-

lique n'avait plus droit à l'existence, il déclara repousser la loi parce qu'elle profiterait à l'Eglise. Comme les athlètes de race, si l'adversaire est de taille et la lutte digne d'eux, s'élèvent avec l'adversaire et la lutte, jamais l'évêque d'Orléans n'apparut plus à la tribune un lutteur. Sa réplique fut écrasante : lier et confiant comme un homme qui a conscience de sa cause et de son droit, tour à tour indigné et ironique, net, précis, vigoureux, décisif, il mit en poussière toutes ces accusations, et vengea l'Eglise et le Pape, sans sacrifier la doctrine, ni la liberté. Il montra que M. Challemel-Lacour « s'était trompé de sujet, de temps et de lieu» ; et comme le superbe jacobin avait été assez humble pour faire apparaître dans le débat l'ombre menaçante de l'étranger: «Eh bien, moi, lui répliqua l'évêque, je ne suis qu'un évèque, mais j'ai plus de fierté française que cela ! » M. Challemel-Lacour essaya en vain de répondre : TAssemblée , à la majorité de 531 voix contre iîli, décida qu'elle passerait à une seconde lecture.

Mais cette seconde lecture aurait-elle lieu? L'état incertain des choses le permettrait-il?

L'évêque d'Orléans prévoyait dans cette Assemblée des désastres auxquels il ne pouvait plus rien. Quoique absent, à cause de sa santé, il ne s'abstint pas dans le grand débat qui ne tarda pas à s'ouvrir sur la Constitution, et d'où sortit, le :i9 janvier 1875, la République; à une voix de majorité; mais cette voix ne fut pas la sienne. Ainsi, les forces adverses se balançaient encore dans notre pays, mais il était facile de voir de quel côté désormais pencherait la balance. Pendant la discussion orageuse de ces lois constitutionnelles, que l'extrême droite était bien obligée alors de subir, mais dans des conditions beaucoup moins favorables qu'autrefois, qu'allait devenir la liberté de l'enseignement supérieur? La pauvre loi! disait l'évêque: où est-elle? Il fallut toute sa persistance pour la ramener à Tordre du jour. La gauche n'en voulait pas; ses journaux l'attaquaient avec rage ; de parti pris on voulait l'enterrer. Une première fois, le 15 mars 1875, l'évêque d'Orléans demanda qu'elle fût mise à l'ordre du jom' dans les

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