CHAPITRE XII
premiers jours qui suivraient les vacances de Pâques; le ministre le promit, mais il n'en fut rien, et il fallut, le 27 mai encore, que l'évêque d'Orléans, avec l'appui évident de M. Audren de Kerdrel, qui présidait ce jour-là l'Assemblée, insistât de nouveau, et- cette fois, avec une telle énergie, qu'il l'obtint,, après une vaillante lutte à la tribune. C'est alors qu'il jeta à la gauche irritée une de ces fières paroles qui lui allaient si bien : ce II y a une chose que je ne comprends pas dans mes adversaires, c'est qu'ils refusent le combat. »
Le combat s'engagea enfin au mois de juin de cette année 1875, et quatre fois encore, les 7, 12, 14 et 16, l'évêque d'Orléans fut sur la brèche.
Le 7, il répondit au rapporteur, M. Laboulaye,qui, si clair d'ordinaire dans son langage, avait cependant parlé d'une manière équivoque des associations religieuses. L'évêque d'Orléans dissipa l'équivoque, et replaça la question sur son vrai terrain parlementaire et dans ses vrais termes :
(( Les catholiques ne veulent ici aucun monopole, ils demandent simplement le droit commun, la liberté commune, avec les garanties sérieuses que l'Etat et les pères de famille ont le droit d'exiger. Et quant aux associations, ce serait vraiment une erreur plus qu'étrange de croire que les associations pour lesquelles nous réclamons la liberté de l'enseignement supérieur, ne sont que les associations religieuses. Laïques et religieux, si la loi est bien faite, la carrière est ouverte pour tous ; ils peuvent y entrer avec une égale ardeur, et, dans des conditions équitables et égales pour tous, disputer le prix de la confiance et de l'estime publiques... »
Evidemment, demander plus, même à cette Assemblée, réclamer, au nom des droits divins de l'Eglise, un privilège pour le clergé, seuls des intransigeants aveugles l'auraient pu, mais avec la certitude, aux yeux de tous les hommes pratiques, de n'obtenir rien du tout.
Les 12 et 14 juin, la discussion fut autrement redoutable. L'Assemblée discutait un amendement présenté par M. Jules Ferry, et qui réservait aux Facultés de l'Etat, exclusivement, la collation des grades. C'était refuser aux
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Facultés libres le droit de vivre. M. Jules Ferry occupa pendant près de trois heures la tribune, L'évèque d'Orléans lui répondit, et le vainquit par ces arguments de bon sens, de justice et d'honneur, qu'il savait si bien développer.
L'amendement de M. Ferry fut rejeté ce jour-là par 53 voix de majorité; mais il fallut, deux jours après, le 16, un nouvel effort de l'évèque pour faire adopter l'amendement de M. Paris sur les jurys mixtes.
<( Cet amendement est équitable, disait l'évèque. L'honorable M. Laboulaye écrivait dans son rapport : «Pourquoi ne pas admettre que l'Etat peut déléguer la collation des grades à des Facultés libres? Il ne peut y avoir de ^ discussion que sur le point de savoir à qui et comment l'Etat peut déléguer celte faculté. Là il y a place pour | les transactions de toute espèce. » Eh bien, l'amendement de M. Paris est une équitable transaction. Pourquoi? Parce qu'il fait la part de chacun et de chaque chose, parce qu'il fait la part de la liberté et la part de l'Etat...»
Cette victoire fut jugée diversement. Quelques esprits absolus pensèrent que l'évèque d'Orléans avait demandé trop peu; et le pauvre évèque n'eut-il pas la douleur de lire dans les comptes rendus ofliciels des conférences d'un de nos diocèses, que le jury mixte était «une trahison de l'Eglise»? D'autres, au contraire, et de très sincères catholiques, ne furent pas éloignés de croire que l'on avait demandé trop, quand ils virent plus tard et si promptement cette conquête menacée et compromise.
La troisième lecture eut lieu en juillet; l'évèque d'Orléans n'y intervint pas : il fit ce sacrilice à la prudence. Toutes les colères de la gauche avaient grondé contre la loi ; deux députés surtout se montrèrent indignes dans leurs attaques contre la religion, MM. Brisson et Tolain. L'évèque d'Orléans se lit inscrire pour leur repondre. Le jour où il devait monter à la tribune (prévenu qu'il devait parler, le Xonce du Pape, M?'" Meglia, était là), on le vit, non sans inquiétude, avant que son tour de parole fût venu, discuter vivement à son banc avec quelques amis.
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