‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 167 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Pourquoi donc? «On va l'épuiser avant l'heure, » disaient ceux qui remarquaient cet incident, et qui étaient venus pour l'entendre. Précisément on voulait lui persuader de ne point monter à la tribune. Il résistait : on n'avait pas répondu à MM. Brisson et Tolain; il fallait venger TEgiise. On ne craignait qu'une chose : c'est qu'il ne le fît trop victorieusement. Les attaques de la presse et de la tribune avaient ébranlé plusieurs de ceux dont l'appoint était nécessaire pour le vote définitif. La question de la collation des grades, celle surtout de la personne civile des évèchés, les offusquaient. Ils commençaient à craindre de trop accordera l'Eglise; un amendement de M. Lucien Brun venait d'être voté à une très faible majorité : un discours de l'évêque d'Orléans tombant au milieu de ces dispositions incertaines n'allait-il point achever d'effrayer les timides? A vouloir trop triompher ne courrait-on pas le risque de compromettre la loi elle-même? Il se rendit à ces raisons. Ce fut un mouvement dans l'Assemblée quand, le président ayant dit: a La parole est à 31s' l'évêque d'Orléans»', on l'entendit répondre : a Je renonce à la parole.» Le lendemain, M?'' l'archevêque de Paris disait : «J'ai souvent admiré l'évêque d'Orléans pour son courage à parler ; je lai admiré hier pour son courage à se taire ^ . »

Enfin la loi fut votée (12 juillet 1875). Avant de se dissoudre, l'Assemblée nationale faisait ce legs à la France: c'est sa plus grande loi, son plus grand titre à la reconnaissance de l'avenir ; mais, tout le monde le reconnut, le principal auteur de la loi, c'était l'évêque d'Orléans. 11 avait été puissamment secondé, entre autres par M. Chesnelong, cet illustre et courageux défenseur, depuis tant d'années déjà, de toutes nos causes, et aussi par un autre orateur catholique, lucide et chaleureux, M. Lucien Brun. « Les héros de cette campagne, dit V Univers lui-même, furent l'évêque d'Orléans, MM. Chesnelong et Lucien

1. Naturellement les pamphlétaires qui se donnaient la mission de lui « demander compte de son silence», le lui reprochèrent encore ce jour-là, comme une trahison, due toujours à ce qu'ils appelaient son libéralisme.

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Brun. » C'était comme le couronnement des combats de toute sa vie pour la liberté de l'enseignement ^

L'élan des évèques et des catholiques à profiter de la loi fut admirable. La pensée de l'évêque d'Orléans était qu'il n'y avait pas de temps à perdre, et il stimulait de vive voix et par lettres le vénérable et sage archevêque de Paris. Il pressentait les périls de l'avenir. Les ennemis de la loi pouvaient d'un jour à l'autre être les maîtres : il fallait les placer au plus tôt en face de faits accomplis et de grands intérêts engagés. Il eût même souhaité la concentration des efforts et des ressources, et la fondation à Paris, d'abord, d'une Université unique, mais complète, munie de toutes ses Facultés, puissante, indéracinable. L'élan du zèle en décida autrement; les évêques se partagèrent la France, et avec Paris, bientôt, Lille, Angers, Lyon, Toulouse, eurent leurs Universités catholiques. Ces créations seront le grand honneur de l'épiscopat et des catholiques au dix-neuvième siècle.

L'année où l'évêque d'Orléans soutenait ces grandes luttes pour la liberté de l'enseignement supérieur se trouvait être la vingt-cinquième de son épiscopat et la cinquantième de son sacerdoce. Ses diocésains eurent donc 4a pensée de saisir cette occasion de ses noces d'argent et d'or, comme on dit, pour manifester hautement la vénération dont ils entouraient leur évèque : en son absence, sans bruit, donnant plus à l'affection qu a la pompe extérieure, on se prépara à lui otlrir un témoignage de

1. C'est donc puérilement que certains écrivains récente aÉFeclent de ne pas même prononcer le nom de l'évêque d'Orléans à roccasion de cette loi. Quant à ceux qui s'effrayaient des concessions que certains catholiques défenseurs de la loi faisaient, selon eux, au libéralisme, ils se défiaient peut-être un peu trop de ces catholiques. On arrachait à l'Etat, qui détenait tout, ce qu'on pouvait, voihà la vérité. Nul ne songeait à faire une loi qui eût été ^( la dot de l'adultère à l'épouse fidèîe. )' Il est plus facile de légiférer dans le silence et l'irresponsabilité du cabinet que dans un parlement. Et ce n'est pas abandonner les droits divins de l'Eglise que de ne pas les invoquer sans cesse et bien inutilement à une tribune, et de parler à des hommes politiques le langage de la politique.

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