‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 168 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

reconnaissance. L'objet choisi fut une crosse, œuvre d'art de fort bon goàt, gracieux symbole de son (Jévouemenl pastorale L'offrande eut lieu le 30 décembre 1874, dans la grande salle de l'évêché, envahie par le clergé et l'élite de la société orléenaise. M. l'abbé Desbrosses, doyen du chapitre, dans une adresse pleine de tact et de cœur, fut l'interprète des sentiments de tous : « Puisse, Monseigneur, dit-il en terminant, cette houlette rester longtemps entre vos mains pour la force et la consolation du troupeau. Puisse-t-elle demeurer après vous le patrimoine du diocèse! Tous ceux qui viendront dans cet évêché la chercheront des yeux, et diront en la contemplant : C'est le bâton pastoral de l'évéque qui a tant illustré la chaire et la tribune. Son nom est resté populaire à cause de son grand cœur. Il a aimé immensément l'Eglise et la patrie. ); Voici quelques-unes des choses que l'évéque répondit : « ... Je reçois avec reconnaissance cette houlette pastorale, gage de cette alliance que Dieu a faite entre vos âmes et la mienne; en la recevant j'éprouve le regret de ne pas la porter aussi souvent que je le voudrais au milieu de vous, condamné que je suis depuis quelque temps à vivre loin de vous, et jeté par la Providence au milieu des luttes. Il est vrai que c'est pour les plus grands intérêts de l'Eglise et de la France chrétienne; mais mon absence, votre éloignement me sont toujours bien pénibles, et quelquefois bien amers... et je n'oublie ni vous, ni les chers troupeaux confiés à vos soins; ni ces excellentes familles d'Orléans, ni leurs aimables enfants qu'il m'est toujours si doux de bénir, lorsque leurs pieuses mères les offrent à mes bénédictions; et bien souvent du milieu de ces agitations orageuses, je porte un regard et un soupir vers vous. . ,

» Il y a une parole que je méditais ce matin après ma messe et une prière que je disais à Dieu. Remitte mihi, ut réfrigérer, priusquam abeam! Un peu de rafraîchis-

1. M. l'abbé Desnoyers, membre distingué de la Société archéologique d'Orléans, avait présidé à ce travail.

sèment avant mon départ!... Il y a des moments où je sens que j'en aurais bien besoin!... Le fardeau est quelquefois bien lourd à porter. Forts pugnœ, intus timorés... »

Mais toujours infatigable, courant d'un combat à un combat, il publia encore, à travers toutes ces luttes, deux écrits de nature diverse, l'un et l'autre à ses yeux très importants. Car au milieu de ses préoccupations politiques, les intérêts de l'Eglise et des âmes demeuraient sa sollicitude dominante.

La guerre au christianisme était sa profonde douleur, les déviations de la piété catholique étaient une de ses tristesses aussi. Il y voyait deux dangers : elles énervent la piété en l'égarant; et, surtout dans les temps où nous sommes, elles fournissent des armes à l'irréligion. Or une de ces déviations, déplorables à son avis, c'était l'invasion des prophéties apocryphes, et l'avidité avec laquelle on les accueillait. Il était consulté fréquemment k ce sujet par des personnes inquiètes de provoquer du scandale en se refusant à croire ce qu'autour d'elles on ne permettait même pas de discuter. Quand il voulut regarder de près à ces recueils de prophéties, il fut pris de compassion pour tant de pauvres gens trompés, et d'indignation pour la spéculation misérable qu'il vit aussi là-dessous. Mais il n'en fut pas étonné. A certaines époques troublées, après de grandes commotions politiques et sociales, les imaginations émues entrent en travail, elles cherchent à percer l'obscurité des événements, à devancer l'avenir, à entrevoir quel sera le salut et le sauveur qu'on attend. Alors on quitte le réel, où l'on ne voit rien qui rassure, pour l'imaginaire, où Ton peut tout voir, surtout ce qu'on espère. Il en résulte des inerties ou des présomptions, dont souffrent également la vie privée et la vie publique. Il en savait beaucoup d'exemples; et la politique du miracle, l'illuminisme, était condamnée par lui à l'égal de la politique de Tabîme. Il crut donc devoir, pour la vérité des choses, l'honneur de la religion, et le bien des âmes, s'occuper de cetle question, et il adressa à son clergé une longue Lettre sur les prophéties publiées dans ces der-

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