‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 169 sur 259 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

7iiers temps, dans laquelle se tenant à égale distance des deux écueils qu'il faut éviter en pareille matière, trop de crédulité et trop de défiance, il exposait les règles tracées avec autant de sagesse que d'autorité par l'Eglise et dont il ne faudrait jamais s'écarter.

Dans son Etude sur la franc-maçonnerie, il attaquait l'impiété et la Révolution dans leur fort, dans leur citadelle; car, pour lui, la franc-maçonnerie, c'est cela, l'impiété et la Révolution organisées; agissantes et militantes. Le scepticisme, l'indifférence ou la négation, en d'autres termes, l'impiété, il n'y a pas autre chose sous sa décevante formule de tolérantisme. Elle est à la tête de toutes les propagandes, de toutes les œuvres antichrétiennes; son but est de déchristianiser la France. Elle a aussi la main dans toutes les révolutions : ses loges sont de grands clubs électoraux. Là s'élaborent dans l'ombre les questions, les formules qui, au moment favorable, au lendemain des catastrophes, émergent au jour, et passent dans la politique, et, quand ses adeptes sont les maîtres, dans les lois. On s'y trompe, et beaucoup sont des dupes; mais au fond et dans son action générale, elle est cela, absolument. Et cette démonstration, qui excita alors, chose étrange, chez beaucoup une surprise, tant on regarde peu aux choses, lévêque d'Orléans la puisait aux sources, dans les documents authentiques, dans les journaux maçonniques eux-mêmes, auxquels il avait trouvé moyen de s'abonner depuis que, grâce à la circulaire de M. de Persigny, la maçonnerie a cessé d'être une société secrète, tout en gardant ses mystères. Il avait horreur des déclamations sur cette question, et ne voulait que des textes irrécusables appuyant des arguments sans réplique.

Les loges répondirent, mais par des récriminations plus que par des raisons. « Monseigneur, lui écrivit le cardinal-archevêque de Bordeaux, Mb'î* Donnet, Votre Grandeur est toujours sur la brèche... Votre Avertissement aux pères de famille lit échouer à l'Académie française une candidature irréligieuse, reprise, hélas ! depuis, malgré vos efforts, et cette fois tropbien accueillie... Vos brochures sur l'enseignement secondaire des jeunes personnes firent

reculer l'ennemi qui, sous le couvert de la science, voulait se glisser à tous les foyers. Je ne parle pas d'écrits plus anciens, plus puissants encore sur l'opinion publique, et qui ont peut-être retardé de dix ans la spoliation du Saint-Siège. Votre récente lettre à M. Minghetti n'a pu empêcher le mal qu'elle dénonçait, mais du moins une fois de plus l'Europe aura su ce que vaut la promesse d'un ennemi, et vos protestations énergiques serviront de base aux revendications de l'avenir. Vos discours à l'Assemblée nationale ont amené le rétablissement des aumôniers militaires et préparent la liberté tant désirée de l'enseignement supérieur. Votre étude sur la franc-maçonnerie est une démonstration nouvelle du péril social. Mais les hommes du dix-neuvième siècle, aussi imprudents que ceux du dix-huitième, ne veulent rien voir, rien entendre. Dieu lui-même parle à son tour par des catastrophes. On ne comprend pas. 11 nous faut interpréter les coups de tonnerre, après les avoir prédits. Nul ne l'aura fait avec plus de persévérance que Votre Grandeur. »

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