CHAPITRE XIII
plus belles manifestations qui aient jamais honoré un évèque. Laïques et prêtres protestèrent à l'envi. Le Chapitre infligea à l'unanimité un blàrae sévère au coupable, prit contre lui des mesures disciplinaires qui étaient dans son droit, et envoya un mémoire à Rome pour confondre ses accusations. Et aussitôt que l'évèque d'Orléans fut de retour, l'élite de la société orléanaise se rendit à l'évéché, et le maire de la ville, M. A. Germon, lut à l'évèque une adresse qui exprimait éloquemment les sentiments de tous.
Pour lui, sans sévir en aucune façon, il se contenta d'écrire au doyen de son Chapitre les paroles suivantes : (c ... Je suis accoutumé aux attaques. Quand ce sont les ennemis de l'Eglise qui m'injurient et me calomnient, ils font leur métier. Quand c'est Séméi qui jette des pierres, c'est plus triste; mais je puis passer outre.
» Cependant, devant les sympathies si ardentes du clergé et des fidèles qui se sont produites à l'occasion de ce scandale, j'éprouve le besoin, non, certes, de rassurer mes diocésains, mais de les remercier... »
Le scandale fut tel en France, que le vénérable archevêque de Paris, M?^ Guibert, par une lettre rendue publique, retira au chanoine l'autorisation de prêcher dans son diocèse. Le libelliste, pour réduire l'évèque d'Orléans à l'état d'accusé, avait soumis son pamphlet à Rome: Rome refusa de discuter la doctrine de l'évèque d'Orléans, et infligea à son accusateur le blâme le plus formel : un blâme juridique, ce qui est considéré par le droit comme un châtiment. Et hoc est pœna, cela est un châtiment : c'est le terme même dont se servit, en rendant compte à l'évèque d'Orléans de la sentence, le R. P. Saccheri, secrétaire de la congrégation compétente.
Nous n'en voulons pas dire davantage sur un incident qui n'eût mérité que le silence, s'il n'eût été un indice trop significatif des malheureuses dissensions entretenues comme à plaisir dans l'Eglise de France : et à quel moment! et si, surtout, nous n'y trouvions l'occasion de f'iire entendre enlin l'évèque d'Orléans lui-même sur
celte accusation de libéralisme^ dont on a tant abusé contre lui.
Sachant en effet qu'à Rome même quelques personnes, tout en blâmant l'acte du chanoine, inclinaient à croire que, quant à la doctrine, il avait- peut-être raison, M"' Dupanloup voulut s'expliquer une bonne fois là-dessus et en finir avec ce fantôme qu'agitaient ses ennemis, et qui^ à distance, effrayait certaines gens. La grande accusation élevée contre lui était qu'il avait soutenu les thèses condamnées. Il écrivit donc à un prélat qui approchait de très près Sa Sainteté, et qui, dans ses conversations particulières, avait élevé sur ce point des doutes, une lettre sans réfutation quelconque possible, et qui n'en reçut pas ^ En outre, dans une lettre à un autre prélat, qui s'était
1. Nous avons dit réfutation, et non pas réponse, ce qui est bien différent. Cependant on nous a reproché ici, avec une grande solennité de mise en scène, « un mensonge, auquel rien n'est comparable dans l'histoire ecclésiastique» ; à moins que ce ne soit une perfidie de l'évêque d'Orléans qui aurait a trompe l'Eglise, trompé le monde, trompé jusqu'à son historien 1 » Il s'agit précisément de la réponse faite à cette lettre : nous ne l'avons pas citée, voilà notre mensonge ; ou bien l'évêque d'Orléans l'aurait détruite, voilà sa perfidie. Mais on était en mesure de détromper le monde et l'Eglise. On en connaissait « au moins trois dépôts authentiques ». On la produisit donc triomphalement.
De cette pièce, il n'était vraiment pas nécessaire de faire trois dépôts. L'évêque d'Orléans ne l'a pas détruite, et par conséquent il n'a voulu tromper personne; et si nous ne l'avions pas citée, c'est parce qu'elle est, non pas un document nouveau, mais une pure interprétation, une argumentation, qui, caduque en elle-même et déjà réfutée par nous (voy. t. II, ch. xvij, ne reposait d'ailleurs que sur la mutilation flagrante d'un bref.
En effet, l'évêque avait dit au prélat : « Jamais le Pape ne m'a donné un avertissement, ni privé, ni public, sur la doctrine. » A quoi le prélat, rappelant le fameux bref de Pie IX relatif à la défense du Syllabus, répondait en arguant du mot accuratius qu'il opposait au positif flCCiira^e, et il ajoutait: « Ce seul mot suffisait pour un homme intelligent. » Là-dessus on s'écriait : « Plus de discussion, de tergiversation possible : le Pape a blâmé l'évêque d'Orléans. »
Dans le texte que nous avons entre les mains, il y a : « Ce seul mot était archi-suffisant. » Non, il n'était pas archi-suffisant pour faire du bref une pièce contradictoire à elle-même ; pour signalera l'évêque d'Orléans , et à ses milliers de lecteurs, telle erreur qu'il n'a pas