CHAPITRE XIII
qu'une application des condamnations doctrinales émanées du Saint-Siège à des questions de fait qu'elles ne concernent pas; rien qu'une obstinée guerre civile dans l'Eglise, contre les plus zélés défenseurs de la religion et contre un évèque placé, seul, au plus périlleux poste de combat : et cela, à l'heure des suprêmes périls!
En effet, la lutte électorale qui venait d'avoir lieu en France avait de nouveau révélé toute la gravité de la
seulement la négation formelle du Christianisme, mais encore une flagrante erreur philosophique. »
Ce principe, en effet, quel est-il"? C'est la libre pensée. '( La libre pensée est le principe fondamental de la maçonnerie. »... « La liberté ABSOLUE de la conscience est Viinique base de la maçonnerie. » « La maçonnerie, en effet, est supérieure à tous les dogmes; la liberté de la conscience est supérieure à toutes les croyances religieuses. »
Voilà bien la thèse absolue de la liberté de conscience, laquelle implique toutes les autres thèses. L'évêque d'Orléans la condamne formellement, et pose, aussi explicitement que possible, la thèse contradictoire, la thèse catholique :
« Il est manifeste d'abord que ce principe ainsi entendu est une flagrante erreur philosophique, et j'en demande pardon à ceux de MM. les francs-maçons qui croient encore en Dieu, c'est la négation i mplicite, même de la religion naturelle.
» En effet, si la religion naturelle existe, elle oblige par elle-même, en principe et en droit ; c'est cette obligation qui est antérieure et supérieure à l'homme, et elle limite sa liberté, elle lie sa conscience. En fait, l'homme, devant cette obligation, peut bien trouver dans son ignorance, ou sa bonne foi, une excuse, mais non pas un droit, antérieur et supérieur à la loi. Là est l'équivoque et Verreur capitale du principe maçonnique...
» Un raisonnement identique s'applique au Christianisme. Institution divine, il oblige par lui-même tous les hommes : et cette obligation, supérieure à l'individu, à moins qu'on ne proclame l'individu supérieur à Dieu, limite sa liberté : là encore l'ignorance ou la bonne foi peuvent fournir une excuse, mais non pas créer un droit, absolu, illimité, antérieur et supérieur au Christianisme.
» Cette liberté absolue, illimitée, de la conscience n'existe donc pas. C'est là une chimère de ce faux libéralisme condamné par l'Eglise, et qui n'est autre chose que le scepticisme ou l'indifférence en matière de croyance. »
Les accusations élevées contre l'évêque d'Orléans étaient donc et demeurent de pufes calomnies, ou d'ignorantes confusions d'idées. Nombre de gens cependant, aujourd'hui encore, les répètent; de confiance, et sans avoir lu ses textes ! ou les avoir compris.
situation. La défaite du parti conservateur était complète. L'évêque d'Orléans, revenant de Rome, se trouvait à La Motte, près Chambéry, où il s'était arrêté quelques jours chez son ami, M. le marquis A. de Costa, quand les nouvelles de ces élections lui arrivèrent, et le consternèrent sans le surprendre. De retour à Orléans, il laissa parler son âme dans deux éloquentes brochures : la première, celle qu'il avait promise au Pape, une nouvelle Lettre à M. Minghetti sur la loi militaire italienne, disait ses pensées sur Rome; la seconde, intitulée Où allons-nous? disait ses alarmes pour la France.
L'incompatibilité du service militaire avec le caractère sacerdotal, et avec l'intérêt social bien entendu, tel était, dans cette Lettre à M. Minghetti, le double objet d'une démonstration du plus élevé et du plus incisif bon sens; puis, de cette question particulière s'élevant à la question générale, la guerre faite à la religion :
« Que nous disiez-vous donc, s'écriait l'évêque d'Orléans, quand il s'agissait de mettre la main sur le temporel du Pape?
» En avons-nous assez entendu de ces démonstrations hypocrites! Oh! disait-on, c'est pour dégager le spirituel que nous voulons renverser le temporel ! Quand le Pape sera délivré de soins contraires à sa mission, oh ! comme alors il sera respecté et obéi !
» Eh bien, vous en êtes venus à vos fins; vous êtes maîtres de Rome elle-même, et malgré les solennelles promesses que vous faisiez avant de passer par la brèche de la porta Pia, vous avez dépouillé l'Eglise romaine, comme vous avez dépouillé toute l'Eglise en Ralie...
» Eh bien, vos respects, où sont-ils? Le souverain spirituel des âmes, comment le traitez-vous? L'Eglise, la foi catholique, cette religion que vous proclamez vousmêmes la religion de la très grande majorité des Italiens, qu'en faites-vous?
» Et voilà comment vous entendez le réveil de l'Italie! Quoi! l'Italie ne pourra être une nation qu'à la condition de n'être plus catholique! »