‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 179 sur 259 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'écrit s'achevait par ces leçons et cette adjuration au roi d'Italie :

« Une parole terrible a été prononcée, et plus prophétique que ne le pensait le roi d'Italie, quand il a dit : Andremo al fondo.'Uéhsl oui, je le crains, ils iront jusqu'au fond!

» Car, après cet abîme, où la Révolution, dont ils se sont faits les complices, les a entraînés, d'usurpation en usurpation, jusqu'à ce sacrilège envahissement de Rome elle-même, il y en avait un autre : l'abîme appelle l'abîme !

» Et voici maintenant qu'elle les pousse à la guerre, non plus seulement contre le temporel, mais contre le spirituel, et qu'elle leur crie de nouveau : Marche ! marche !

» Là encore iront-ils jusqu'au fond?

» S'ils y vont, eh bien , ce ne sera pas là encore le dernier fond : après la guerre à la religion, il y a la guerre à la société.

j) Qu'on ne l'oublie pas : il y a dans les choses une logique qui est la justice de Dieu...

» Ce qui prendrait bientôt, dans le cœur et l'esprit des populations, la place de la foi chrétienne ruinée, de la religion renversée, le pouvez-vous ignorer?

» Vous comptez sur la Révolution et sur l'irréligion : vous jouez avec le feu. Nous savons ce que la Révolulion fait des trônes, et ce que l'irréligion fait des peuples.

» La guerre sociale suit toujours la guerre religieuse; la religion a toujours été le dernier rempart de la société; cette digue renversée, ne vous flattez pas que rien puisse empêcher les questions sociales et l'armée socialiste de faire irruption parmi vous : Andremo al fondof...

y> Le Saint-Père vous a averti avec une émotion solennelle, et il a poussé vers vous. Sire, un des cris les plus émus qui soient jamais sortis des entrailles paternelles de la Papauté : et vous ne l'avez pas entendu !

» Quel spectacle! le chef de l'Eglise inclinant sa tète auguste devant un roi baptisé, catholique, fils de saints et de saintes, le priant, le conjurant, lui montrant les abîmes entr'ouverts !

» Et ce roi, dans ses étourdissements, jusqu'ici ne voyant rien, n'écoutant rien !

j> Oh! malheureux roi! malheureux peuple! y>

L'évéque d'Orléans continuait cette guerre contre l'impiété révolutionnaire dans la brochure : Où allons-noiisf et il poussait ce nouveau cri d'alarme, pour elTrayer? non; pour éclairer et encourager. Flien ne lui paraissait plus funeste, après les inerties, que les illusions. Il voulait qu'on vît clair dans la situation, afin de conclure au devoir, plus impérieux que jamais, de l'union et de l'action. Onze éditions de cette brochure en quelques semaines montrèrent que sa voix, une fois encore, avait fait vibrer la fibre française. Voici quelque chose de ce qu'il disait dans cet écrit :

(( La légèreté française est célèbre; hélas! à bon droit. Car y a-t-il un pays sur la terre où l'on oublie si vite et où l'on apprend si peu? Nous avons beau passer par les plus terribles expériences, rien n'y fait; les plus dures leçons tombent sur nous sans laisser de traces : et les mines faites par d'épouvantables catastrophes sont encore là sous nos yeux que déjà nous regardons ailleurs, nous courons hardiment à d'autres aventures... »

C'était donc à la fois un avertissement et un appel qu'il adressait.

« Se rendre compte d'abord, bien voir où l'on en est et où l'on va, agir ensuite et lutter, tel est, disait-il, aujourd'hui plus que jamais, le devoir des âmes viriles. »

Le compte rendu qu'il faisait de l'état intellectuel et moral du pa\s, à l'heure même où il écrivait, démontrait avec une évidence saisissante le double péril religieux et social que l'on s'obstinait à nier ou à ne pas voir. Il concluait par ces paroles :

« Que chacun donc fasse son devoir, comme au jour d'une bataille... Résistance invincible à toute loi antisociale, comme à toute loi antichrétienne : l'union et l'énergie pour la défense de toutes les causes sociales et religieuses, voilà, plus que jamais, le devoir des honnêtes gens, à quelque parti qu'ils appartiennent.

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