CHAPITRE Xllï
à la présidence de ma retraite ecclésiastique, au conseil des trente évéques fondateurs de l'Université catholique de Paris, à la distribution des prix de mon» Petit Séminaire, à la fête militaire de Coulmiers, et au Sénat. Mais le lieu du rafraîchissement et de la paix, c'est Lacombe. »
Et en effet, les victorieux dans les élections se hâtaient de mettre à profit leur victoire, et les lois conquises dans les années précédentes étaient toutes menacées : plus que toutes, avant toutes, la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur; dès le lendemain du jour où elle avait été votée, les journaux radicaux annonçaient qu'ils en poursuivraient avec ardeur l'abrogation ; puis la loi sur l'aumônerie militaire; celle aussi sur la composition du conseil supérieur de l'instruction publique; le budget des cultes lui-même. L'évêque d'Orléans eut à recommencer au Sénat les anciens combats.
Le décret qui réglait l'exécution de la loi sur l'enseignement supérieur, et tout le détail des examens, avait paru le 26 décembre 1875; et le 14 mars 1876, sans qu'aucun reproche eût été adressé à ceux qui en essayaient loyalement l'application, ni aux évèques fondateurs des Universités libres, ni aux savants professeurs qui s'étaient dévoués à y enseigner, ni aux élèves qui n'avaient pas cessé de se montrer un seul jour assidus, laborieux, dociles, avant même que le jury spécial institué par cette loi eût pu fonctionner, le nouveau ministre de l'Instruction publique, M. Waddington, demandait l'abrogation de ce jury. Les évèques fondateurs de l'Université libre de Paris résolurent d'adresser des représentations respectueuses au président du Conseil, M. Dufaure, et ce fut l'évêque d'Orléans qu'ils chargèrent de rédiger la lettre, très forte et très modérée, qu'ils adressèrent à ce ministre. Il eut, le 16 juillet 1876, à défendre la même cause à la tribune du Sénat. « Il combattit le projet de M. Waddington dans un discours qui fit, écrivait un journal, autant d'honneur à l'éminent orateur qu'à la tribune française; tous les catholiques ont salué, dans cette belle défense des intérêts religieux et scientifiques du pays, la triple majesté du caractère, de
l'âge et du talents » Le jur\' spécial fut alors sauvé devant le Sénat; il devait succomber plus tard; la faculté de participer à la collation des grades finit par être retirée aux Universités libres : elles n'en continuèrent pas moins, malgré la profondeur et l'injustice- de ce coup, dans les conditions si défavorables où on les plaçait, leur grande œuvre.
Quelque temps après avoir prononcé ce discours, dans une lettre vive et pressante à ses diocésains, ^U^ Dupanloup recommandait cette œuvre des Universités libres, « l'une des plus grandes, assurément, disait-il, aussi bien que des plus nécessaires à l'Eglise, qu'aura produites en notre pays le dix-neuvième siècle* ».
Il sauva aussi pour un temps, par son discours du 21 décembre 1876, Taumônerie militaire : placé en face des mêmes objections, il les confondit par les mêmes raisons; une majorité écrasante vota ses conclusions.
Deux jours après, le 21 décembre, il remontait à la tribune, pour y défendre le budget des cultes, maintenir les bourses accordées aux séminaires, réclamer une retraite et un asile pour les prêtres âgés et infirmes, et une augmentation de traitement pour les pauvres prêtres des campagnes. Son éloquence dans ce discours fut celle des chiffres et aussi des choses, et des détails précis dans lesquels il ne craignit pas d'entrer. C'est dans ce discours qu'il établit par le menu le budget d'un curé de village, démonstration si émouvante de la noble pauvreté et du désintéressement de nos prêtres, accusation si accablante pour une nation qui laisse en cette pénurie son clergé. « C'est notre honneur, s'écriait-il. Laissez-moi vous dire que ce n'est pas le vôtre. » L'éloquente péroraison de ce discours souleva, dans la partie chrétienne de l'assemblée, des applaudissements enthousiastes; la voici :
(( Aux paroles si dures, si amères, qui ont été prononcées contre nous, et qui mettaient en suspicion — non
1. Cité par les Annales orléariaisex, année 1876, p. 45!. -. Aymales orléanaises, année l<s76, p. 695.