‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 182 sur 259 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pas seulement notre conscience, notre loyauté, — mais notre honneur, je ne répondrai qu'une parole : c'est celle que (lisait autrefois Jésus-Christ. Oui, le clef-gé de France peut dire aujourd'hui : Français, j'ai fait parmi vous beaucoup de bonnes œuvres, Midta bona opéra ostendi vobis. Dites-moi pour laquelle de ces bonnes œuvres vous me lapidez, Propter quod opiis me lapidatis?

» Est-ce parce qu'aux époques les plus brillantes de votre histoire nous avons travaillé à votre gloire que, depuis quelque temps, vous cherchez à nous couvrir d'opprobre? (A gauche : Mais non ! mais non!)

» Est-ce parce que nos ressources ont été souvent la ressource de l'Etat, et toujours le patrimoine des pauvres, qu'on a proposé l'abolition du budget des cultes, et qu'on cherche à tout nous arracher?

» Est-ce parce que nous avons défriché, embelli, civilisé la France... (Exclamations à gauche. — A droite : Oui, oui; lisez l'histoire) qu'on nous refuse un asile dans son sein...? »

Celte péroraison se terminait par ces paroles :

(( II est si vrai que ce clergé est estimé dans le monde entier, que, quand vous allez à l'étranger, vous êtes heureux, quels que soient ici vos sentiments ou vos opinions, de rencontrer là un prêtre français, de saluer en lui — comme dans le soldat et la sœur de charité — un de ces types caractéristiques et populaires dans lesquels on retrouve avec bonheur l'empreinte vivante de nos meilleures qualités et de nos meilleures vertus. > b«I

Mais nous ne pouvons le laisser descendre de cette tribune, où il ne remontera plus qu'une fois, malade, affaibli, quoique plein de flamme intérieure encore, sans essayer d'apprécier le genre d'éloquence qu'il y porta. 11 comprit vile que l'orateur n'y est pas, comme dans la chaire, en face d'un auditoire d'ordinaire sympathique et convaincu; qu'il lui faut là au contraire et convaincre et vaincre ; qu'il n'y a pas à s'attarder, devant des hommes affairés et passionnés, mais qu'il faut aller vite et droit au but; et donner des raisons, simples, claires, précises,

péremptoires. Il avait donc grand soin, déclinant les questions qui n'étaient pas de sa compétence, de ne parler que de ce qu'il savait ou pouvait apprendre à fond; groupant les faits, les textes, les chiffres, les choses démonstratives, interrogeant au hesoin les hommes spéciaux; c'est ainsi par exemple qu'avant ses discours sur l'aumônerie militaire il eut de fréquents entretiens avec plusieurs aumôniers. Homme d'affaires lui-même, homme pratique et effectif, ce genre de discussion allait à ce côté de sa nature. Il y était parfaitement à l'aise, surtout quand des papiers, que ses yeux avaient peine à lire, ne l'embarrassaient pas. Il visait alors surtout à la clarté, au bon sens, et procédait par petites phrases, courtes, vives, alertes, qui frappaient comme des coups d'épée. Mais, homme aussi de grandes vues, d'élans généreux, il ne pouvait s'arrêter au côté positif des questions. Elles impliquent toutes des principes; elles ont toutes des sommets : il y montait et s'y établissait, élargissant son horizon, afin de se donner, comme il disait, le vol nécessaire en haut et en large. Et alors son âme et sa parole se déployaient tout entières : la période se déroulait ample, majestueuse, comme les eaux d'un fleuve. C'étaient aussi des cris éloquents, sous lesquels les gauches, étonnées, se taisaient, les droites, enthousiasmées, éclataient. Deux notes retentissaient dans son éloquence : l'une, qui lui était commune avec les vrais orateurs, la note profane, patriotique et française, vibrante et pathétique; lorsque, par exemple, reprochant à un adversaire une sorte d'appel à l'étranger, il s'écriait: « Je ne suis qu'un évéque, mais j'ai plus de fierté française que cela! » Ou quand, voulant amener à l'ordre du jour une question, il disait : « 11 y a une chose que je ne comprends pas dans mes adversaires, c'est qu'ils refusent le combat. » L'autre, qui n'était qu'à lui dans cette assemblée, et qui lui venait de son caractère sacré, et prêtait à son éloquence, dans ce milieu où cette note n'est pas accoutumée de retentir, une originalité et un charme singulier, la note sacerdotale : « La religion ne vous menace pas, elle vous manque! » Ou bien : <f Prenez tout, mais laissez-nous les âmes!»

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