‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 186 sur 259 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et ce qui soutient tout, c'est une inviolable fidélité aux exercices spirituels quotidiens, ordonnés, avec la ré^larité et la ferveur de ses premières années de séminaire. Et cela, toujours, à travers tout, les labeurs, les luttes, le bruit, la gloire ; avec une simplicité d'enfant, et néanmoins des élans, des coups d'aile d'aigle et de saint.

En toutes choses il veut porter (( les vues supérieures de la foi ». C'est à cette lumière qu'il juge tout. « C'est, dit-il, une autre région, une autre atmosphère : s'y élever, et y demeurer, si Dieu le permet, malgré toutes les attractions d'en bas, quelle grâce ce serait ! »

<f Les affaires administratives, a-t-il écrit, le gouvernement d'un diocèse, les règlements qu'on fait, l'exécution qu'on presse, tout cela est bon sans doute, vient du surnaturel et y mène ; mais on n'y voit pas les âmes de près^ la grâce de près, la lumière de Dieu de près ; la confession, la prédication, voilà Vopus ministerii : le reste est bien aride. » « C'est par Toraison, écrit-il encore, et la prédication en esprit d'oraison, qu'il faut me tenir, m'élever, me consoler, me fortifier dans le surnaturel, malgré tant d'affaires. » Que de fois le voit-on demander à Dieu « la grâce de la foi humble et simple » !

Et ses efforts, constants, opiniâtres, chaque jour renouvelés, ne tendent qu'à cela : « se maintenir dans le surnaturel » , et « demeurer fidèle à la grâce de piété fervente, de prière et d'amour de Dieu s>.

(( Il faut, écrit-il encore, tout sacrifier aux exercices de piété; et quand, entraîné par le courant des affaires ou par d'impérieuses nécessites, on y a manqué, il faut s'y remettre dès le lendemain matin. »

11 écrit dans une retraite, en 1858 :

Cl Pour faire mon salut au milieu de tant de ténèbres et de tant de faiblesses, et me donner quelque sécurité ;

» Pour porter, sans succomber à la peine, le fardeau de la vie extérieure et cette effrayante charge ;

» Il faut une force, une nourriture intérieure, une consolation vraie, une lumière, une paix qui soutienne... » Or cela ne se trouve que dans la vie intérieure, dans

la prière, dans les exercices de piété, faits invariablement et bien faits, et cela partout et toujours.

» Dans cette vie intérieure seulement se trouve le Manna abscondituni, dont il est vraiment bien insensé, bien ingrat, de se priver.

» Voici ce qu'en dit l'esprit de Dieu. » Suivent plusieurs très beaux textes, entre autres celui-ci : « Substantiaenim TUA dulcedinem tuam, quam in filios habes, ostendebat- Tua: C'est Dieu lui-même. On le reconnaît, on le sent... à une certaine douceur simple, et d'un goût extraordinairement bon dans sa simplicité pure... »

Voilà le fond de son àme, les dispositions qui dominent en lui. Entrons maintenant dans le détail, et voyons d'abord, de plus près encore que nous ne l'avons fait, quelles étaient sa vie ordinaire, ses habitudes de chaque jour ; en un mot, son règlement.

Car il avait, et il y tenait par-dessus tout, un règlement. Nul n'a mieux compris que ce puissant homme d'action, ce travailleur infatigable, la nécessité d'assujettir à une règle, de gouverner, afin de les soustraire au laisser-aller, à la fantaisie, à la déperdition misérable, la vie intérieure comme la vie extérieure ; les facultés, les pensées, les sentiments, les élans de l'àme, comme les multiples absorptions des travaux et des affaires.

Le premier point du règlement de ses journées, nous le savons déjà, fut, et jusqu'à la tin, ce lever matinal et courageux qu'il a tant recommandé aux autres, si fidèlement pratiqué lui-même, et qui fut toujours une de ses forces. Le premier sur pied dans son évêché, comme autrefois dans son Petit Séminaire, entre quatre et cinq heures, il se mettait à son oraison, qui ne durait pas moins d'une heure, et qu'il faisait dans le silence et la paix ; l'hiver, à la demi-lumière mystérieuse de sa grande salle synodale ; pendant la belle saison, sur la terrasse de La Chapelle, ou dans les longues allées du parc ; quelquefois un cahier à la main, ces Memoranda à l'aide desquels il revenait sur les oraisons antérieures, et repassait les lumières et les grâces reçues, afin d'en ranimer rétincelle.

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