CHAPITRE XIV
Et cette oraison, il avait soin qu'elle fût toujours prévue et préparée d'avance, et que le livre ou le passage du bréviaire où il en prenait le texte fut posé dès la'' veille sur son bureau.
Et les sujets de ses oraisons, nous les possédons, nous les retrouvons, résumés dans ces précieuses pages écrites par lui chaque matin ; et nous pouvons suivre, jour par jour, ses entretiens avec lui-même et avec Dieu. Sa méthode est simple. Les grandes vertus chrétiennes : l'esprit de foi ou de prière ; l'abandon à la sainte volonté de Dieu ; la douceur, l'humilité, la patience ; ou bien, selon l'admirable liturgie catholique, qui les ramène périodiquement dans le cycle de l'année chrétienne, les grands mystères du Christianisme, voilà ce qu'il médite habituellement, à la lumière surtout des saintes Ecritures : il en presse, il en savoure les paroles, dans lesquelles il trouvait, selon cette expression qu'il aimait à leur emprunter, « la manne cachée ». Puis il résumait, ainsi que nous le disions tout à l'heure, en quelques notes rapides, sa méditation ; ou, s'il avait été frappé plus particulièrement de certains textes, de certaines considérations, il écrivait ces textes, et fixait brièvement ces considérations, qu'il retrouvait ensuite avec une nouvelle abondance de lumières et de grâces. L'Ecriture sainte coulait alors comme d'elle-même sous sa plXime, et c'était avec ses plus beaux passages qu'il exprimait ses propres pensées. Son aduiiralion pour a le divin dans l'Ecriture » éclate sans cesse dans ces notes ; Dieu lui en avait donné au plus haut degré le sens. « Toutes ces paroles de l'Ecriture et du Bréviaire, écrivait-il un jour, sont adaiirables. Il y a là une vérité, une vertu cachées, qui se font sentir à l'âme. »
Cette heure d'oraison, qui lui apportait tant de lumières et de douceurs, était, à ses yeux, sans prix ; et il voulait qu'elle fût « inviolable ». Et il s'obstinait à ce saint exercice, quelles que fussent les occupations du jour, ou la difficulté qu'il pouvait trouver à méditer.
Ensuite il montait à l'autel, et célébrait la sainte messe : avec quel visage, recueilli et pénétré, avec quel accent, venant des profondeurs de son âme, ceux-là seuls, qui
ûUS VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
l'ont VLi et entendu, en ont Tidée, et savent quel prêtre il était. Du reste, c'était si connu dans l'Eglise de France, que le cardinal-archevêque de Bordeaux, M?'" Donnet, y insistait en ces termes : c^ Ceux qui ont eu le bonheur d'assister à sa messe n'oublieront jamais la ferveur de sa piété ^ ^^
La recitation des petites heures suivait son action de grâces: puis il se mettait au travail, car pour matines et laudes, sa coutume, qu'il devait au pieux .Alri- Borderies, était de les dire toujours la veille, et aussitôt que l'heure liturgique le permettait : pieux empressement à remplir, dès que faire se pouvait, ce devoir sacerdotal. La fatigue de ses }eux, et la difhculté pour lui de lire à la lumière, lui en tirent d'ailleurs plus tard une nécessité.
Le travail se poursuivait jusqu'à midi, ininterrompu, inviolable : il appelait cela ^^ le respect de sa matinée ». i^ Jamais un journal, avant midi : ou du moins, avant dix heures. ^> Car un moment vint, oîi il fut obligé de se donner vers dix heures quelque relâche. Il fut longtemps avant de s'avouer à lui-même celte nécessité. Lorsque, voyant sa fatigue, dont quelquefois le travail lui-même soutYrait, on lui disait : a Monseigneur, il faudrait vous reposer un peu ; vous êtes fatigué. — Mon ami, repondaitil, le plus clair, c'est qu'il faut mourir à la peine. »
Il fallut bien cependant tinir par se résigner à une petite interruption vers dix heures.
Après le déjeuner, les visites reçues, il partait, entraînant parfois avec lui tel ou tel des visiteurs sur les bords de la Loire, ou même jusqu'à La Chapelle, causant alors d'atiaires : et il profitait de cette promenade rigoureusement nécessaire à sa santé pour surveiller son Petit Séminaire, achever son bréviaire, faire une lecture pieuse, et réciter son chapelet.
Invariablement tidèle à sa lecture spirituelle, d'une demi-heure, il la (it longtemps dans la vie et les œuvres de Bossuet et de Fénelon, soulignées tout entières, et étonnamment possédées par lui. Que de fois, pendant le
1. Mj'' Dupanloup devant le Saint-Siège et repiscopat, p. 117.