‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 190 sur 259 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Il en faisait habituellement deux par an : la première d'ordinaire pendant la semaine sainte; la deuxième en décembre, vers Noël et l'anniversaire de son sacre.

Et comment les faisait-il? avec la plus grande simplicité et tranquillité.

« Il n'est pas besoin de beaucoup faire pendant la retraite, de beaucoup lire, non : la paix, le calme; laisser son âme se reposer, se tranquilliser, s'épurer comme le cristal, par la paix, la lumière, et l'amour de Dieu; et s'v fortifier, et y recevoir les rayons de Dieu. »

Il médite sans doute; et son grand secours pour méditer, c'est toujours la sainte Ecriture. « Chaque mot, dit-il, est doux, reposant, rafraîchissant, pénétrant avec douceur dans mon àme fatiguée, agitée. J'en ai un besoin extrême comme de se reposer à l'ombre dans un bois, seul, sur une pelouse, en dehors de la route, après avoir beaucoup marché. » Cependant la spéculation proprement dite n'occupe pas la plus grande place dans ces retraites : elles ont un caractère surtout pratique. Il s'y propose toujours deux buts : la vie intérieure et la vie extérieure; ses rapports directs et personnels avec Dieu, et sa charge épiscopale. Il repasse d'ordinaire le temps écoulé depuis sa dernière retraite, pour voir si et comment les exercices quotidiens, en quoi il fait consister sa vie intime avec Dieu, ont été faits : s'il y a eu fidélité ou infidélité, progrès ou recul ; et quelles ont été les grâces reçues, les consolations dans la prière, ou les lumières pour les labeurs ; les sentiments éprouvés, les résolutions inspirées; et tour à tour il s'humilie ou bénit Dieu; avec des larmes, on en sent souvent la trace, ou des élans d'amour et d'humble reconnaissance. « J'ai achevé, écrit-il dans la retraite qui suivit son voyage à Rome de 1864, les Memoranda de cette année-là, jusqu'à mon retour de Rome, et, au souvenir de tant de grâces, je suis descendu à la chapelle me jeter aux pieds de ^'otre-Seigneur et lui dire : Vous m'en avez comblé, comblé, comblé. Je ne pouvais dire que cela. Il est sûr que cela a été inouï ; un tissu constant; j'ai vécu constamment dans une atmosphère des grâces les plus vives, les plus pénétrantes, les plus lumi-

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neuses, quelquefois les plus douloureuses et les plus purifiantes, et souvent les plus douces et les plus saisissantes par leur douceur. »

Les devoirs de son épiscopat sont le second objet qui occupe sa pensée. « L'épiscopat! » écrit-il dans une de ces retraites, après de grands labeurs, traversés d'épreuves et sensiblement bénis, (( charge formidable; peines nécessaires ; grâce puissante. Plus que jamais j'ai senti ma misère, Afjuœ multœ ont inondé mon àme. Cela purifie, fortifie, fait l'homme intérieur. L'œuvre nécessaire s'accomplit en ce cœur d'évêque. Un évêque doit être vierge, confesseur et martyr : vierge par la pureté, confesseur par la patience, martyr par le zèle et la charité. » Comme il ne veut le repos que pour l'action, ce qu'il lui reste encore à faire est l'objet d'un examen minutieux, d'une recherche approfondie. Là venaient les grandes vues; là jaillissaient les inspirations apostoliques, épiscopales ; là se prenaient les résolutions fécondes. Il revenait de là, de ce repos, ou plutôt de ce travail sacré en Dieu, fortifié, ranimé pour de nouveaux labeurs et de nouveaux combats. Et puis, le feu amassé dans son âme jaillissait au dehors, dans ces lettres pastorales, desquelles nous ne nous lasserons pas de redire que c'est là qu'il faut l'étudier pour vraiment le connaître au point de vue pastoral et comme évêque, ou dans ces écrits polémiques qui allaient remuer au loin les âmes.

Telle était donc l'atmosphère supérieure dans laquelle il se tenait toujours, et tels les exercices spirituels, les pieuses habitudes qui l'y maintenaient. On souhaitera peut-être maintenant quelques détails plus intimes encore sur ses pensées habituelles, sur ses dévotions particulières, et sur les vertus pour la pratique desquelles il faisait le plus d'etforts.

Tout ce que nous venons de voir révèle assez son esprit de foi; disons quelques mots de son amour pour Dieu. Quand il s'écriait en chaire : (( Vous êtes faits pour aimer, et périsse ma parole plutôt que d'éteindre en un seul cœur cette flamme sacrée : Mais, qu'aimerez-vous?... Aimez la beauté suprême ! » dans ces paroles il se rêvé-

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