‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 191 sur 259 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

lait lui-même. L'évêque d'Orléans aima Dieu d'un grand amour ; Dieu, dont !es attributs, étudiés dans Fénelon, quand il faisait son cours de philosophie à Issy, le prosternaient dans l'adoration et la prière; il aima aussi, avec tendresse, le Dieu de l'Evangile, le Dieu incarné, Xotre- Seigneur Jésus-Christ, a Jésus-Christ ! s'écriait-il, — nous avons cité ce mot, mais nous aimons à le redire ici — Jésus-Christ dont je suis le ministre, dont je fais l'œuvre, je ne dois plus penser qu'à lui. Tout pour lui ! tout pour lui. »

C'est l'amour de Jésus-Christ qui fait le prêtre : point de prêtre digne de ce nom s'il n'a pour Jésus-Christ un amour qui se confonde avec sa vie : Vivo jam non ego, vivit vero in me Christus. Qu'on nous laisse donc insister ici ; nous touchons au plus vif de cette àme, et il faut aussi, lecteurs laïques, que vous sachiez ce que c'est qu'un prêtre.

Oui, l'évêque d'Orléans a toujours tendrement aimé Notre-Seigneur ! Mais quand parfois, dans l'oraison, une impression plus profonde, un coup plus vif de cet amour le saisissait, alors il croyait ne pas l'avoir assez aimé jusque-là, et il se le reprochait, lui, dont toute la vie n'a été qu'un labeur infatigable pour Jésus-Christ: lui, chez qui le saint amour aiguillonnait ce zèle extraordinaire pour les âmes, dont nous allons décrire bientôt les ardeurs, les sollicitudes, les saintes poursuites. « Il faut, se disait-il dans l'oraison, au commencement de son épiscopat, il faut par la méditation des grands mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, me retremper dans l'amour de Xotre-Seigneur, grâce dernière de ma vie. Il faut que je ne m'occupe plus que de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de son Incarnation, de sa Rédemption, de son Sacrifice, de son Eucharistie, de sa Vie éternelle et temporelle, cachée, publique, souffrante, glorieuse; il faut que ma vie soit cachée et reposée en Dieu avec Jésus-Christ. »

C'est pourquoi il a toujours tant goûté la sainte liturgie, qui ramène chaque année dans son cycle sacré tous ces mystères. Elle était l'aliment constant de sa piété: Noël, Pâques, la Toussaint, le ravissent. Dans ces grandes solennités, « sous ces voûtes sublimes » de sa basilique,

à ses yeux « tout s'illumine ». Il résumait ainsi un jour ses impressions des fêtes pascales : « Pâques ! Dès l'entrée de la cathédrale, grande impression de la grâce de Dieu; j'en fus saisi. — A Vlntro'ibo, la pensée de ce grand sacrifice s'empare de moi, et les larmes empêchent ma voix ; et ce fut tout le temps ainsi jusqu'à l'Offertoire. — Au Suscipe, jamais plus vive impression de ce que j'allais offrir ce grand sacrifice de douleur et de gloire, si divin, au milieu de cet immense peuple. — Le Credo ï\ii admirable : là, que Xotre-Seigneur est grand! — A l'Élévation, je priai bien pour ces deux ou trois âmes. » — « Admirable office de la Toussaint, écrit-il ailleurs ; c'était bien l'image du ciel : cette immense et sainte assemblée, ce chœur rempli des louanges de Dieu! Ce qui rendait ce spectacle beau et touchant, c'était la pensée que tous ces hommes se purifiaient, pensaient au ciel, célébraient les saints, travaillaient à les rejoindre et à retrouver Dieu, le Père commun, dans le ciel. 3>

Et une autre fois : (( J'ai Jeté un dernier regard sur ces belles lumières de la Toussaint, vers ces belles figures des saints qui, par la mortification et l'anéantissement, ont mérité d'être transformés :

» Quelle œuvre Dieu prépare et fait en eux 1

» Tout cela est incomparable... doit donner patience pour les misères et contradictions d'ici-bas.

» Et puis j'ai tourné mes regards vers celui qui vient nous chercher pour nous ramener au ciel;

» Et m'offrir le modèle du dévouement au travail des âmes,

» Et je suis entré avec joie dans l'Avent. »

La semaine sainte surtout parlait à son cœur. Il avait une grande dévotion à la croix, dont son église cathédrale porte le nom: Sainte-Croix. Sa résolution chaque année renouvelée, sa coutume constante était d'y faire tous les vendredis de carême le chemin de croix avec les fidèles; exercice qu'il faisait souvent aussi dans la salle synodale, où il avait établi un chemin de croix plus pieux qu'artistique, qui y demeura longtemps.

« La croix, écrivait-il, c'est bien ce lignum, quod cum

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