CHAPITRE XIV
misisset in aquas, in dulcedinem versse sunt. C'est bien vrai; il y a là une douleur cachée, sans fadeur: c'est ferme, solide et doux; c'est le fond des choses humaines et divines. »
« Le chemin de croix, dit-il encore, a des vertus étonnantes;'il met dans la rédemption plus que toutes les lectures ou sermons lus ou prêches. Gela unit réellement à Notre- Seigneur et à sa Passion. » Cet exercice du chemin de la croix lui faisait « considérer Notre-Seigneur comme laissant échapper, répandre sur nous toutes les richesses de sa lumière, de sa vie, de sa charité, par sa croix et sa rédemption, par les souffrances et les nombreuses blessures de son amour ».
A chaque page de ses notes secrètes, on voit cet amour de Dieu pousser comme des jets de flamme; et toujours avec une vérité et une simplicité de langage qui émeut : « Joie que j'éprouve, écrit-il, à dire avec saint François de Sales : « 0 Dieu ! que je serais heureux si, en ce jour, en sortant de la sainte communion, je trouvais mon chétif cœur hors de ma poitrine, et celui de mon Sauveur établi en sa place. »
Mais nous avons ici une révélation qui dit tout et supplée à tout ; mettons-la simplement sous les yeux du lecteur : ce sont deux oraisons écrites du pieux évéque, car quelquefois, nous l'avons dit, sous l'émotion d'un sentiment particulièrement profond et doux, il ne se contente pas d'une note inachevée, sa plume court et il a des effusions comme celle-ci, sur l'intimité qui doit être entre le prêtre et Jésus-Christ :
« J'ai été, écrit-il, saisi, touché, tristement et doucement attendri en entendant prononcer ces paroles : Jnierunt David et Jonathas fœdus: une alliance, une amitié. Je me dis : Cela devrait être, et depuis longtemps, entre Notre-Seigneur et moi.
» Ces mots : Inierunt fœdus, avaient pour moi une douceur extraordinaire ; ces autres paroles aussi : Conglutinata est anima Jonathœ animœ David, et dilexit eum Jonathas, quasi animani suam. Voilà ce qui devrait
être entre Xotre-Seigneur et l'àme d'un prêtre, d'un évéque...
y> Qu'est-ce qui inspire l'affection pour les amis? C'est leur confiance. Jésus-Christ a été confiant envers nous au delà de tout. » Et après avoir énuraéré les témoi^ages de cette confiance de Jésus-Christ envers tout prêtre, il conclut : (< Fut-il jamais amitié plus généreuse, plus libérale, plus extraordinaire? Il a été prodigue; il n'a rien réserve ; il nous dit : Omnia mea tua sunt. De même que tout ce qui est à son père est à lui, tout ce qui est à lui, de communicable, est à nous.
» Nous sommes vraiment d'autres Christs: AlterChristus: les peuples qui voient passer le prêlre le vénèrent, non seulement comme Tami de Jésus-Christ, mais comme un autre Jesus-Christ.
» Communauté de mission, d'autorité, d^œuvres, de persécutions, d'amour, de destinées et de gloire; même de demeure : Se dédit socium. Dans toute paroisse, dans le plus humble village, sur la cime des monts, dans la profondeur des vallées, partout où il y a un presbytère, à côté est une église, et, si chétive qu'elle soit, il y a là Jésus-Christ.
» On trouve deux tabernacles dans toute paroisse : l'un pour Jésus-Christ, lautre pour son prêtre, et près l'un de l'autre: à toute heure ils peuvent se voir, s'entretenir; offrant tous deux tous les jours un même sacrifice, ayant même sacerdoce, mêmes amis, mêmes ennemis.
y> Dans nos paroisses, ceux qui aiment Jésus-Christ nous aiment.
j) D'autre part, mêmes ombrages, mêmes susceptibilités, mêmes hostilités. On l'épiait, on nous épie: comme à lui on nous tend des pièges. Comme lui nous sommes hosties, victimes : nous nous immolons, par la chasteté, par le renoncement à tout amour humain, par l'obéissance, par la pauvreté, par le dévouement et le travail; notre vie, pour peu qu'elle soit ce qu'elle doit être, est une vie d'immolation.
» D'un côté donc, le tabernacle de la hlanche victime qui, chaque jour, naît et meurt par nous et pour nous;