‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 196 sur 259 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

taisait sur lui-même pour contenir son ardente nature dans le calme et la douceur. « La sobriété, écrivait-il étant évêque, la modération, la douceur en tout, c'est la grâce à demander à Xotre-Seigneur. Il faut y penser constamment, m'y exercer en toute circonstance : la douceur, le calme, le sang- froid, voilà ce qui donnera la force victorieuse. » «Un réformateur sans douceur... c'est impossible. En chaire même, et ailleurs, dans la parole animée, cette sève contenue se tourne en force profonde et pénétrante. Il faut commencer cet exercice aujourd'hui à nouveau, avec la grâce de Dieu, et y employer dix ans, si Dieu me les donne. y> « Voyez, ajoute-t-il, saint François de Sales! » On sait que ce grand saint a lui-même employé plusieurs années à dompter sa vivacité naturelle et à acquérir celte douceur, cette patience, cette calme possession de soi, si importante. « C'est, dit encore l'évêque d'Orléans, la vraie force : rien n'est si faible que ce qui se répand. »

A-t-il toujours arrêté à temps ces prompts mouvements qui, sous une impression première, préviennent quelquefois en nous la réflexion? Grand homme d'action, voulant passionnément le but, les résultats, devant l'obstacle, ou la résistance, ou la défaillance, ou même l'impossibilité, qu'il n'aimait pas à reconnaître, a-t-il, dans sa vie si laborieuse et si militante, dominé toujours et immédiatement cet amour ardent du bien, au point d'éviter toute impatience, toute vivacité de langage? Non, il n'a pas eu cette perfection surhumaine. Mais, dans ces moments-là même, qui pouvait douter de son cœur? Et quelle noblesse, quelle humilité à reconnaître ce tort, s'il se l'était donné, à demander pardon, lui, le vieil et glorieux évêque, s'il craignait d'avoir peiné, même une sensibilité trop délicate! Et enfin, quelle application constante à se surveiller!

« J'ai consacré ma méditation de ce matin à la douceur, et non sans besoin :

» 1° Il me faut un dossier sur cette vertu, fait avec les plus beaux passages de la sainte Ecriture, de saint François de Sales et des autres saints; puis, le dossier fait, le

méditer, selon la résolution de 1855, une fois par semaine, au moins;

» 2° La prévoyance des occasions ; la préparation des paroles en ces occasions; l'élévation du cœur à Dieu aux moments difliciles; le silence, quand cela se peut, et l'ordre en toutes choses : voilà les moyens efHcaces.

» L'important, c'est d'éviter toute explosion.

ï) Pour cela, il faut les prévoir, les prévenir, les contenir.

» Méditer là-dessus dans saint François de Sales.

» Le ton est dilTicile à prendre, je le sais; la note me manque; je parle trop haut ou trop bas; je suis trop vif ou trop doux. Le médium de la fermeté me manque. Je n'ai pas cet accent-là.

» Soit; mais au moins éviter l'explosion, qui déshonorerait mon caractère; et avoir cependant, autant que possible, l'accent de la fermeté quand c'est nécessaire.

» Il vaut mieux, entin, manquer et pécher par défaut de fermeté dans la forme, en la retenant au fond, que par excès de vivacité. »

Et quand il avait à souffrir des hommes, il se disait des choses comme celles-ci, songeant aux bontés de Dieu pour lui-même : c( Ah ! quand on a reçu tant de bien de Dieu, on peut bien recevoir quelque mal des hommes ! Il y a même une grande douceur à recevoir le tout en silence. » Il écrit encore : « Fuir, fuir les disputes : Cum iracundo^ cum audace, cum fatuo, non eas. Beaucoup supporter. Le silence pour Dieu, bien gardé, est la plus belle réponse. » La nature, disions-nous dans le premier volume, le reposait des hommes. Quand il lui était venu soit des froissements de la vie privée, soit des luttes de la vie publique, quelque amertume, rien ne lui était une plus grande douceur, un plus grand charme, un plus efficace calmant, qu'une vue jetée sur la nature, dont il goûtait alors, avec une vivacité nouvelle, avec je ne sais quelle naïveté innocente d'enfant ou de saint, les simples et pures beautés. « La fidélité intérieure, avec les beautés de la nature, a-t-il écrit, et ce dernier mol n'étonnera que ceux qui n'ont pas connu la simplicité charmante de ce

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