‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 197 sur 259 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

fier et grand esprit, est la grande douceur de ma vie. » Ainsi, tandis que l'affaire de son Chapitre, en 1855, lui causait des ennuis que nous avons plutôt indiqués que décrits, une promenade à La Chapelle, un horizon tranquille, une simple fleur, « une marguerite, un bouton d'or, une violette dans l'herbe », était pour lui une suave diversion. Ainsi, encore, en 1853, pendant les pénibles démêlés de ce temps-là, il sent, plus profondément que jamais, la beauté de ces montagnes, de ces sommets « sublimes et tranquilles ». Ces discussions, nécessaires mais si douloureuses, toutes ces contentions humaines, lui paraissent petites, misérables, et il jette de là un « long et paisible regard sur cette vallée des misères humaines ». Dans cette familiarité où il vit avec la nature, en contact direct, pour ainsi dire, avec Dieu, soudain, en lui, tout se pacifie et s'élève : admirable privilège des âmes pures, de Vocuius simplex, des cœurs bons, droits, sans fiel et sans malice, sans détours avec eux-mêmes et avec Dieu !

De ces vertus l'humilité est la mère; l'humilité qui trouve son naturel écueil dans l'éclat et les succès d'une grande vie. Combien aussi il s'y est exercé ! Combien il les a matés, ces mouvements spontanés, indélibérés, qui inclinent si facilement la générosité, la noble lierté, à l'orgueil! « Il faut, écrit-il, demander sans cesse au bon Dieu qu'il me préserve de la vanité et de l'ostentation. » Une autre fois : « Comme il faut demander à Dieu l'humilité et dire : Je ne suis rien! » Et après une profonde méditation sur cette vertu, il écrivait : « Videbam Satanam sicut fulgur de cœlo cadentem. Quelle chute! Ce fut celle de l'orgueil. Rien ne serait plus périlleux pour moi que des pensées de vanité, et de complaisance en moi-même ou dans mes œuvres. C'en serait la ruine, prompte comme la foudre, et bien méritée. La pensée orgueilleuse provoque immédiatement la foudre. » De là ces retours constants et humblement reconnaissants sur les voies miséricordieuses par lesquelles Dieu l'a conduit ; ce texte qu'il ne se lasse pas de transcrire : Suscitans de terra inopem, et de stercore erigem pauperem; de là, dans les difticultés sans cesse renaissantes des affaires, cunctœ res

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difficiles^ celle défiance de lui-même et ces cris poussés vers Dieu : « Je ne crois pas que jamais j'aie plus senli ma faiblesse. Quels labeurs ! Quelles peines avec les hommes! Quels mécomples ! » Chose admirable! dans ces pages intimes où nous puisons, el où il nolail loul, quelquefois c'est d'un mol seulement, du plus simple mot, qu'il relate les plus grandes choses. Ainsi... « J'ai parlé aujourd'hui utilement, » écrit-il un jour après un grand discours à la tribune : et c'est tout. Après son écrit sur l'Encyclique, qui eut l'immense retentissement que nous avons dit : « Dieu vient encore d'être bien bon pour moi. Je ne suis guère sensible au bruit, mais je dois l'être à la bénédiction de Dieu. Cela doit m'inspirer la paix, la confiance. » Le fruit de rhumililé, c'est la résignation : non pas la résignation découragée, qui n'est qu'un orgueil déguisé, un lâche dépit, mais la résignation qui, dans un simple et amoureux abandon à Dieu, conclut à l'action, au courage. (( La résignation, écrit-il, si nécessaire, si raisonnable, la raison ni la nécessité ne la donnent pas. Dieu seul la donne, comme l'humilité; il donne tout, il faut tout lui demander. » Aussi écrit-il encore, paroles aussi humbles que sages : « Il faut être fidèle dans l'action, indiffèrent, à son propre point de vue, pour le succès. Cest très difficile. Rien n'est plus contre nature. La foi le demande, la grâce en donne la force, les mécomptes y aident douloureusement. Il faut l'espérance, l'ardeur, le courage ; la tristesse donne la mort. »

Est-ce à dire pourtant que jamais les atteintes de cette tristesse ne se feront sentir à ce vaillant homme, si souvent trahi dans l'action, soit par les instruments, qui ne sont pas toujours ce qu'il voudrait, soit par la résistance obstinée des uns, l'àpre hostilité ou l'ingratitude amère des autres, les innombrables mécomptes enfin des choses et des hommes? Mais alors il réagit, tout à la fois avec humilité et courage, et jamais les mains ne lui tombent d'abattement; toujours il est debout, pour le labeur ou pour la lutte. Il n'est jamais abattu, parce qu'il s'appuie toujours en Dieu.

<-( Ce malin, tristesse, pourquoi? Je n'avance pas, j'ai

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