CHAPITRE XIV
» C'est le vrai amour de Dieu dans la pratique.
» C'est la paix en toutes choses.
» C'est un point toujours simple et lumineux," dans les obscurités et les nuages de l'àme.
» L'intimité et l'amitié avec Notre-Seigneur n'aboutissent qu'à cela; n'ont pas d'autre but, ne sont que cela.
» La forme extérieure de ma vie étant définitivement et depuis longtemps réglée et à peu près acquise, c'est cela désormais qui doit être tout pour moi.
» Cela prévient toutes les tristesses inutiles; cela guérit et adoucit toutes les tristesses inévitables.
» Cela calme, éclaire, donne les vraies lumières pratiques.
» Cela s'applique à la fin, aux dernières années de la vie, à la mort; admirablement.
» C'est le port. y> Et plus tard, dans une autre retraite, relisant cela, il ajoutait à la marge : (( C'est certain, c'est un port. »
« Gela s'applique aussi aux maux de l'Eglise.
» Cela ne lait oas fermer les yeux ; cela n'empêche pas la compassion, ni le zèle : mais cela conserve, au milieu même des plus vives douleurs, dans le calme nécessaire.
» C'est dans cet esprit que je dois m'appliquer à la correction des hommes, à la conversion de mon diocèse, au soin des âmes, au grand service de l'Eglise et de mon pays ; à tout.
» C'est peut-être pour moi la grâce dernière...
»... Avant la mort, quand on ne peut plus penser à rien, on peut encore penser à cela; c'est la dernière et plus excellente lueur de la lampe avant de s'éteindre... le dernier souffle... la dernière vue... Par conséquent, le vrai amour jusqu'à la fin ; l'entrée au ciel. »
Mais c'est assez, du moins pour le but que nous nous sommes proposé. Tel était donc ce prêtre, cet évêque : homme toujours fixé dans l'atmosphère supérieure de la vie surnaturelle, toujours placé au point de vue spirituel ; homme de foi et de prière ; homme intérieur et recueilli, malgré tant d'absorptions extérieures et une si active vie;
pieux, et simple dans sa piété et dans ses pratiques de dévotion, malgré les élans de son âme et ses grandes pensées habituelles ; tout embrasé d'amour et de zèle ; infatigable dans raction ; courageux dans la lutte ; humble, du moins travaillant sans cesse à acquérir l'humilité; incessamment appliqué aussi à maîtriser sa vive nature; cherchant avec sincérité la volonté divine ; serviteur de Dieu, au sens vrai, complet, sublime du mot : toujours prêt au service de Dieu, de l'Eglise et des âmes ; ne faisant que cela sur la terre. Belle et sainte vie ! Et pour nous, ses fils, quelle joie de pouvoir nous dire, dans la vérité vraie : Oui, ce grand évêque a été aussi pieux qu'il était grand.
Maintenant, après avoir contemplé l'évéque, regardons l'homme quelques instants; car, nous ne devons pas oublier de l'ajouter, les vertus surnaturelles chez lui n'étaient pas au détriment des qualités naturelles, et leur empruntaient un charme de plus. On a souvent cité de lui cette parole : « Pour être prêtre, il faut être né grand, ou le devenir. » Il était né grand, par l'âme, le cœur, l'intelligence, le caractère, la volonté. Tout ce qui fait battre noblement le cœur des hommes remuait aussi son cœur, et les plus généreux mots de la langue humaine, patrie, honneur, vertu, gloire, génie, courage, venaient comme d'eux-mêmes sur ses lèvres. Quelque part qu'il rencontrât une beauté de l'âme, il tressaillait. Il eut, jusque dans son extrême vieillesse, pour toutes les choses saintes et belles, cette sensibilité prompte et vive qui amenait soudain à ses yeux des larmes, et entrecoupait sa voix; comme aussi ces haines vigoureuses de toute bassesse et de toute lâcheté, qui sont également le signe d'une grande âme. Il avait le goût d'admirer, et le don de s'indigner. Passionné, oui, il l'était, mais pour tout ce qui a le droit d'enflammer les hommes, et avec le plus complet désintéressement et oubli de soi. Ceux qui n'ont pas senti cette abnégation de sa personne au profit de ses causes ne l'ont pas connu. Le côté personnel de sa nature n'était que l'amour absolu du bien, € et, comme on