‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 3 sur 259 · CHAPITRE PRExMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRExMIER

tenant que l'événement est accompli, était l'heure qu'attendait la Providence pour la glorification et le triomphe définitif du pouvoir spirituel. Cette grande décision, et la part que Tévéque d'Orléans y va prendre, est le fait capital de sa vie pendant l'année 1867 qui va s'ouvrir. Toutefois, avant d'en entreprendre le récit, nous devons le suivre dans le Midi, où la Providence lui ménageait un repos de quelques mois après les fatigues extrêmes auxquelles il avait été condamné.

Sur Tordre formel des médecins, il partit donc pour essayer de remettre, si Dieu le permettait, sa santé « dans cet équilibre que depuis 1859 elle n'avait vraiment pas retrouvé». A Marseille, chez son ami, M?*" Place; à la Seyne, près- Toulon, chez deux de ses diocésains très chers, M. et M""» d'Estienne, et à Cannes, il s'arrêta peu . ce fut à Nice, chez un de ses anciens enfants de Saint- Hyacinthe, M. Alfred Leroux, alors vice-président du corps législatif, dans la charmante villa Louisa, et aussi à la villa Sainte-Agathe, chez l'évêque, M^r Sola, qu'il passa la plus grande partie de ce temps-là: se reposant, comme il se reposait, c'est-à-dire en travaillant toujours, toute la matinée, mais pouvant faire chaque après-midi, dans ces verdoyantes montagnes, ou sur les bords de celte belle Méditerranée, ces promenades qu'il aimait tant; le plus souvent, accompagné de M. Cochin, qui se trouvait à Nice avec sa famille. Là, et aussi près d'Hyères où il alla passer, chez M. le baron de Prailly, à Costebelle, quelques jours pleins de recueillement et de paix en Dieu, il écrivit, sur une question dont il était alors fort préoccupé, sur Teducation des femmes, une brochure dont nous parlerons plus opportunément, quand nous racontes rons les luttes qu'il aura aussi à soutenir et les différents travaux qu'il a entrepris dans sa vie pour ce grand intérêt.

La pensée lui vint de terminer ce voyage par un pèlerinage à la Louvesc, en souvenir du P. de Ravignan et par dévotion à saint François-Régis. En s'y rendant, il voulut aller jusqu'à Mmes et Montpellier, pour y visiter les deux évéques. Msr Plantier le reçut avec une cordialité

extrême, et les catholiques de Nîmes avec un enthousiasme méridional dont il demeura charmé. Ils lui offrirent, comme au vaillant athlète de la Papauté, une couronne, qui se voit encore à l'évêché d'Orléans. Mêmes démonstrations à Montpellier. La Louvesc lui fit une impression profonde. Puis, après une halte à Tain, dans la famille de Larnage, où sa présence et ses conseils — il y avait là six jeunes enfants — étaient si désirés et si secourables, il alla s'installer, seul, à Lacombe désert, pour y faire une retraite. M. du Boys, cet incomparable ami, qui subordonnait toujours ses convenances aux siennes, lui en laissa la complète et tranquille possession. Il fut donc dix jours sur la montagne, seul avec Dieu seul, retrempant son àme dans l'examen ou la méditation et la prière, comme il avait essayé de recréer sa santé sous le ciel du Midi.

C'était, dans sa pensée, comme une halte entre les grandes choses qui venaient de remplir ces sept dernières années si fécondes, et l'inconnu de l'avenir; une halte pour se préparer, comme il le dit lui-même, à la fin de sa vie et à la mort de plus près entrevue. Nous ne pouvons ne pas nous arrêter ici un instant avec lui, pour faire lire au lecteur dans son àme, à cette époque solennelle, comme nos documents nous permettent d'y lire nousmême; et, comme toujours, sans rien changer au style, à ces choses non écrites, mais simplement notées pour être relues sous l'œil de Dieu.

Il entre donc plein de joie dans cette retraite; joie d'àme, à laquelle se mêle le vif et pur sentiment de celte belle nature. Nous sommes au 2^ mars 1867 :

« Grande douceur de me trouver seul dans ce château, en grand silence, seul avec Dieu et avec moi-même, délivré des obsessions humaines...

(( Et puis, ravissante nature: dès le matin, soleil sur les montagnes et sur les neiges... puis sur les charmantes primevères... Temps frais et pur, avec cette terrasse et cette solitude, et ce grand silence, et le Saint-Sacrement, là, tout près : c'est le lieu le plus reposant de la terre.

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