CHAPITRE II
Ces coups de ia grâce ravissaient à la fois et consolaient l'évêque : que de fois Dieu lui donna d'en être témoin ! Quelques semaines plus tard encore, à La Chapelle, après une petite retraite qu'un jeune militaire, dont il dirigeait et soutenait la piété, était venu faire là, avec lui, il écrivait : « Ah ! que ce que Dieu fait quelquefois dans <ies âmes de soldats est admirable ! »
Ainsi s'écoulaient ses journées, dans la paix, la prière, et le travail pour Dieu et les âmes. On le voyait, son l)réviaire, son chapelet ou un livre à la main, la tète nue, les cheveux blancs, passer et repasser sur cette terrasse des bords de la Loire, ou apparaître au loin à l'extrémité de cette allée de tilleuls, qui longe le haut du parc, ou de cette charmille touffue qui le borde dans sa partie inférieure; ou bien s'entretenir avec quelque ami, quelque prêtre, ou quelque enfant. Sa santé, grâce à la fraîcheur et à l'air vif et pur de ce lieu, se soutenait. Mais ce repos ne pouvait être de longue durée : quatre fois, avant la fin de cette année 1867 il lui fallut s'en arracher : pour un nouveau Congrès de Malines, pour la défense du Saint- Siège, et pour une grande cérémonie religieuse à laquelleil ne put refuser d'assister ; et enfin pour une nécessaire polémique.
Un troisième Congrès allait s'ouvrir à Matines. Après €ette belle réunion de Rome et devant la perspective du prochain Concile, c'était plus que jamais pour les évêques et les catholiques belges le moment de reprendre €es réunions si fécondes en résultats, comme le prouvaient les comptes rendus des deux premières. L'evéque d'Orléans v fut de nouveau invité; il refusa d'abord de s'y
matin, pour aller livrer ses dernières batailles, et demeurer vainqueur sur toute la ligne. Vous jugez bien, mon Père, que j'ai été bien émue en voyant de mes yeux ce que savent faire la charité et l'espérance; tout cela dans la simplicité, le calme et la pleine raison. J"ai longuement causé avec ce brave général, et mon àme en est restée profondément édifiée. Quels exemples ! Et quels remords pour des vies comme les Tiôtres, où l'on dispute les moindres sacrifices sans prendre parti sur i'ien. n (4 septembre 1868.)
rendre à cause de sa profonde fatigue; mais sur les vives instances du vénéré cardinal archevêque de Malines : « Faites l'impossible pour faire au moins une apparition parmi nous », lui écrivait M?'' Sterkx, il y alla. C'était d'ailleurs pour lui l'occasion de revoir M. de Montalemberl, qui se trouvait, de plus en plus souffrant, en Belgique, au château de Rixensart: enfin, ^1. deFalloux, qui ne s'était pas encore trouvé à ces réunions, devait assister à celle-ci. L'évèque d'Orléans arriva le 31 août à Hoalay, chez M. le sénateur baron de Man. Le 4 septembre, il fit son apparition au Congrès, et M. le baron de la Faille, qui présidait, lui adressa quelques paroles, auxquelles il répondit,//^ fer /o/i/fr?<^/, dit-il, au milieu de tonnerres d'applaudissements. L'apparition de M. de Falloux produisit de même une vive sensation. Un matin, dans la salle où les membres du Congrès prenaient lem' repas, on le vit tout à coup entrer, et à peine eut-il prononcé quelques paroles, avec cette distinction supérieure qui est la sienne: ^( Ah ! entendions-nous dire autour de nous, voila l'esprit français, la langue française; nous autres, Belges, inclinons-nous. > A la tribune du Congrès, M. de Falloux fut admirable, ainsi que M?"" Decharaps, alors évêque de Namur, et le malheureux P. Hyacinthe, qui depuis... Mais Févénement capital fut encore le discours de l'évèque d'Orléans. La lutte chrétienne, tel fut le sujet choisi par lui : c'étaient bien là les paroles de l'heure présente, celles que précisément on attendait. Ce sujet lui permit de donner à tous, sans blesser personne, avec autorité, des leçons à la fois de modération et de courage. Il ht passer dans tous les cœurs le feu de son àme. Après la séance, comme il causait tranquillement avec quelques amis, tout à coup il vit arriver, conduits par M. de Falloux, radieux, princeps juventutis, les jeunes Français présents au Congrès, et M. de Falloux, avec cette aisance et cette bonne grâce qui avaient tant charmé les Beiges, improvisa les paroles suivantes :
<f Monseigneur, nous venons vous remercier, parce que vous avez laissé votre àme de feu tracer en traits de