‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 21 sur 259 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

flamme notre situation, nos périls, nos espérances et nos devoirs. Nous venons vous remercier, parce que vous n'avez jamais cessé, dans tout le cours de votre vie, de joindre l'exemple au précepte. Vous nous disiez tout à l'heure de nous lever de grand matin ; et, en effet, vous avez toujours été vous-même le plus matinal sur toutes les questions de notre pays et de notre temps, vous avez toujours été le premier pour tous les combats et jamais l'appel : Custos quid de nocte? ne vous a trouvé dans le sommeil.

» Au début de votre carrière, vous avez reconnu les côtés faibles et les côtés forts de l'enseignement, et vous vous êtes dévoué à enseigner la jeunesse. Bientôt vous avez compris quels points de contact importants existaient entre l'Eglise et l'Etat, et vous êtes venu vous placer au centre de ces points de jonction, enseignant sans relâche aux membres du clergé les ménagements les plus délicats envers les âmes, et aux âmes leurs plus impérieux devoirs envers Dieu et son Eglise. Ainsi vous avez bientôt attiré le regard, la sympathie, la confiance des principaux hommes politiques de votre époque; et l'Académie française a aussi voulu vous revendiquer, et elle vous a ouvert ses portes, qui ne s'étaient pas ouvertes depuis trente ans pour un évêque. L'épiscopat lui-même vous a été imposé quand vous vous obstiniez à le refuser; et ce refus était si inflexible, qu'il avait découragé le P. de Ravignan, votre ami, et vaincu l'insistance du ministre, qui mettait cependant son plus ardent désir dans votre choix. Vous n'avez cédé qu'à l'intervention, qui avait pour vous l'autorité d'un ordre, émanant d'un de nos Pontifes les plus vénérés.

» Enfin, Monseigneur, quand le Saint-Siège a été en péril, c'est encore vous qui avez été le plus rapide, le plus vigilant, comme le plus puissant de ses défenseurs. Vous n'avez pas seulement donné tous les exemples, vous avez donné tous les signaux. Aussi quand l'épiscopat de la chrétienté tout entière s'est réuni à Piome, il s'est plu à faire passer son imposante voix par votre bouche, et quand le Concile se réunira, selon la magnanime inspiration de

Pie IX, VOUS serez encore là pour éclairer, pour réconcilier, pour entlammer les intelligences et les cœurs ^ »

Alais l'évéque d'Orléans, son œuvre faite au Congrès, et le cri de son àme poussé, avait hâte de partir. Son discours, écrit pendant la nuit, sur une rapide et imparfaite sténographie, et revu par lui le lendemain de grand matin, était à huit heures entre les mains de l'imprimeur; le surlendemain il y faisait les dernières corrections, et courait prendre le chemin de fer, pour regagner au plus vite son diocèse.

C'est dans ce discours que, signalant la puissance des mots, il déplorait que les catholiques eussent consenti à se laisser arracher par leurs adversaires certains grands mots qui sont de notre langue, plus que de la leur, et qu'il revendiquait pour nous, en les précisant; ces appellations glorieuses, quand elles sont méritées, de réformés, de philosophes, de libéraux; démontrant que la vraie réforme, la vraie philosophie, la vraie liberté sont chez nous, et que nos adversaires prétendus libéraux ne méritent que le nom de libéràtres : « Comme il est de ces femmes qu'on appelle des marâtres, parce qu'on ne saurait les appeler des mères. »

Un autre incident de ce discours est relatif à Voltaire. Le Siècle venait d'ouvrir en France une souscription pour élever une statue à ce grand ennemi de Jésus-Christ. L'évéque dOrleans, qui ressentait si vivement tous les coups portés à la religion, prohta de l'occasion qui lui était donnée pour imprimer, du haut de la tribune reten-" tissante du Congrès, une flétrissure inefl'açable à la souscription. « A ce coryphée de limpiété el de l'immoralité au dix-huitième siècle, j'entends dire qu'il est question aujourd'hui d'élever une statue. Une statue à Voltaire ! si cela se fait, et cela se peut faire, tout est possible, eh bien, je dirai, moi, alors, qu'on aura élevé une statue à l'infamie personniliée ! L'évéque d'Orléans et de Jeanne d'Arc ne saurait ni mieux penser ni mieux dire. » Sur quoi le

i. « Au seul feu de la passion et de la haine », a-t-on écrit en commentant ces paroles, dans un pamphlet 1

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