‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 207 sur 259 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

femme chrétienne, marchant la tète levée, les yeux uniquement lixés sur Notre-Seigneur, Aucune petitesse, aucun mesquin sentiment, nulle vaine crainte. y> (c Prenez-y garde, disait-il à une autre, votre caractère, insensiblement, se déprime, s'abaisse. Tous ces tracas, toutes ces misères vous impressionnent trop, vous émeuvent, vous bouleversent. Gardez votre âme en paix au milieu de toutes vos occupations, et sur les hauteurs. » Toutefois, dans la pratique, il semble que tout se bornât à peu de chose ; mais ce peu de chose était tout. Ce n'était que cela ! serait-on tenté de dire en lisant bon nombre de ses lettres de direction. Oui, mais cela, c'était tout simplement la sanctification. Ni les douceurs du sentiment, ni les joies de la contemplation, précieuses ressources, dons de la grâce, n'étaient à ses yeux l'essentiel ; l'essentiel, c'était le devoir, tout le devoir, toutes les obligations de l'état et de la situation. Les exercices de piété eux-mêmes, auxquels il tenait si fort, n'étaient pour lui qu'un moyen, très nécessaire, mais non pas le but. Le but, c'était l'action, le devoir, la vertu. Sa direction allait directement à la volonté, d'où naît en effet toute responsabilité, et qui est toujours, ainsi que la grâce au moins suffisante, au pouvoir de tous. Et c'est de la sorte qu'il a formé des âmes vaillantes, (( des religieuses dans le monde sous leurs habits de petites duchesses », le mot est de lui ; des jeunes filles, des femmes, des mères, des maîtresses de maison, admirables; de grands chrétiens.

« Par-dessus tout, tendez à l'action, dit-il dans une de ses lettres ; tout ce que vous éprouvez de la part de Dieu, et qui peut être si utile, si vous agissez en conséquence, en tout et partout, serait dangereux si vous en demeuriez là, avec mollesse et vaine satisfaction de vous et de Dieu. »

Une autre fois :

(( Allez toujours au fond, à la pratique, à l'action, à la vertu, dans les grandes et dans les petites choses. Tout le reste n'est que moyens pour parvenir à ce but. »

Voici une lettre où ce caractère énergique de sa direc-

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tion se révèle avec éclat, et qui fera entendre en quelque sorte son accent :

(<: Mon enfant, votre dernière lettre me fait l'effet d'une de ces relâches qu'on se donne quelquefois quand on est las de monter ; je ne veux point appeler cela une tristesse ni un découragement, mais un moment de fatigue dont je ne veux pas trop m'inquiéter. Telle est la vie chrétienne : elle a été comparée par Xotre-Seigneur lui-même à un chemin rude, escarpé, étroit ; il est naturel qu'on en sente le travail et que la lassitude gagne la nature. Mais tâchez donc de vous bien mettre dans l'esprit le vrai point de vue, la véritable notion de la vie chrétienne : c'est qu'elle est un travail, une peine, une fatigue: c'est que la vertu aussi fait monter la sueur au front, et que quiconque ne souffre pas violence n"est pas digne du royaume des cieux. La piété, la vie chrétienne, c'est cela ou ce n'est rien : le ciel ne se donne pas, il se gagne; il ne se tourne pas, il s'escalade : Violenîi rapiunt illud! Quand donc comprendrez-vous cela? C'est là ce que je veux dire quand je vous parle de vous donner tout entière à Dieu. Tout entière ne veut pas dire au couvent, ni dans la solitude et derrière les grilles, car je ne vous y crois pas appelée ; mais dans la famille, dans le monde, dans les devoirs de la vie! Tout entière veut dire sans mélange d'arrièrepensée et d'arrière-sentiment; faisant tout, voulant tout, acceptant tout pour l'amour de Dieu, pour la dignité de votre àme, pour la paix de votre conscience, pour l'estime intime de vous-même : Quœcumque vera, quœcurnque pudica, etc.; si quœ sunt bonœ famse, etc.. En vérité, cela peut valoir le couvent ; et qui plus est, c'est la vocation universelle, par conséquent la vutre, mon enfant. Ne vous en effrayez pas, je vous prie; si j'avais le temps, je vous démontrerais jusqu'à Tévidence que cette générosité et cette vaillance militante demandée aux chrétiens coûtent beaucoup plus cher à ceux qui ne le sont pas; que le sacrilice est de toute nécessité attaché à la vie humaine, et que la différence entre le monde et nous, c'est que nous, nous transformons le sacrifice en devoir et en espérance, et que le monde le porte en désespéré. J'y reviens donc,

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