‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 208 sur 259 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

mon enfant, la vie chrétienne demande de la vertu. Il en faut prendre son parti... ;) ^

Donc, forte et austère, exigeante, très exigeante, oui, sans doute, sa direction l'était; mais un autre trait non moins caractéristique de cette direction, c'étaient ses condescendances ; sa façon de s'attempérer à la variété infinie des âmes, des caractères, des humeurs, des circonstances ; ce que nous appelions tout à l'heure le bon sens supérieur, absolument nécessaire au directeur même le plus éclairé en théorie, car la direction est une science pratique, d'application : il y faut un tact sur, avec une connaissance profonde des âmes et de la vie. Les âmes, comme il les pénétrait ! Mais aussi, comme il les étudiait! « Ecrivez-moi plus au long, demandait-il un jour, où en est votre âme, dans le détail. Votre dernière lettre m'inquiète. J'attends donc une bonne longue lettre ; je vous répondrai longuement aussi. » Et après avoir vu, il avait la franchise de tout dire. « J'ai, écrivait-il encore, bien des défauts ; mais Dieu me fait la grâce de ne pas tromper les âmes. »

Et non seulement son énergique direction avait ces habiles tempéraments, elle avait aussi les discrétions nécessaires ; si autoritaire qu'elle fût, dans son domaine, il y avait des limites qu'elle ne franchissait pas, des exigences qu'elle savait s'interdire, des points où le directeur n'était plus que l'ami et le conseiller imploré, qui proposait son avis sans l'imposer.

Il commençait par donner un règlement; et il n'y avait rien à quoi il tînt plus, et sur quoi il revînt plus souvent dans ses lettres, que la fidélité à observer ce règlement :

(( La fidélité inviolable à votre règlement, voilà ce que je vous demande par-dessus tout.

» La fidélité à ce règlement est une garantie certaine. »

(( Mon enfant, vous voulez donc devenir tout à fait mon enfant, que vous m'écrivez de si bonnes lettres ! Votre docilité, votre fidélité à toutes vos bonnes résolutions me touchent extrêmement. Et je me dis quelquefois : Si j'avais connu cette chère enfant plus tôt, peut-être que le bon

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Dieu se fût servi de moi pour lui faire de grandes grâces. Mais j'ai tort de dire cela, et il n'y a plus, n'est-ce pas ? qu'à bénir Dieu de ses bontés présentes, et de votre bonne volonté à le servir... »

« Veuillez bien le remarquer, mon cher ami, écrivait-il à un homme du monde, dont Tàme lui était chère, — car il voulait que les hommes du monde aussi et surtout eussent une vie bien ordonnée et réglée — ce que je vous demande est d'autant plus facile et naturel, que ces exercices de piété, dont je vous conseille la pratique fidèle et régulière, sont l'exercice même de l'amour de Dieu, une sorte de tribut que le cœur lui paye : c'est la manière convenue dont l'àme, si je puis me servir de cette expression, fait sa cour à Dieu.

» Quand on a été tidèle à ces exercices, ils deviennent un besoin du cœur dans leur simplicité même et leur apparente sécheresse, l'expérience nous le montre.

» Quand cela n'est pas fait, quand cet aliment de chaque jour n'a pas été donné à l'àme, il manque quelque chose.

» Et comme au fond la tidélité à ces exercices n'est que la fidélité délicate à ce que Dieu nous demande à tous, d'être quelquefois en sa présence, et comme intimement avec lui, et de lui témoigner ainsi l'amour de notre cœur, sicut solet amicus ad amicum loqui, on trouve en retour dans cette fidélité une douceur simple et une foule de grâces, Dieu ne restant jamais en arrière avec nous.

» Et cela, même sans ferveur sensible, par le seul fait de ces actes répétés d'amour simple que renferme chacun de ces exercices. L'amour de Dieu n'a pas besoin d'être sensible, de même que cette sensibilité n'est pas nécessaire dans l'habitude même de l'amour humain le plus vrai et le plus sérieux : la sensibilité ne se réveille qu'à son heure, par intervalles et dans les grandes circonstances.

)) Par là se réalise le super pauca fuisti fidelis; paitca, ces petites choses dont le tissu compose la vie, et auquel Dieu attache tant de prix. Dieu agrée cette fidélité- là, et c'est à elle qu'a été dite cette consolante et encourageante parole, que tous ceux qui demeurent fidèles à ce labeur

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