‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 22 sur 259 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Siècle crut faire spirituellement d'envoyer à l'évèque un volume des Œuvres de Vollaire, en l'invitant à y lire un article sur la tolérance. L'évèque répondit au directeur du Siècle dans les termes que voici :

« Orléans, 1:2 septembre 1867. Monsieur, j'ai reçu ce matin le volume des Œuvres de Voltaire que vous avez jugé à propos de m'envoyer, en m'invitafnt à y lire l'article sur la tolérance.

ï> Permettez-moi de vous offrir en retour le volume de VExistence de Dieu, de Fénelon. J'oserai y joindre VAthéisme et le péril social, opuscule que j'ai publié il y a quelques mois, dans lequel le Siècle est cité plus d'une fois, comme il était juste, et où vous trouverez sur Dieu des textes que vous reconnaîtrez,

» J'avais lu, Monsieur, et je viens de relire dans votre volume, cet article sur la tolérance. Je n'y ai rien trouvé qui puisse me décider à tolérer ce que j'ai flétri dans mon discours de Malines, ce que l'évèque d'Orléans et de Jeanne d'Arc a dû nommer tine statue à V infamie personnifiée.

» Je n'ai pas oublie non plus, j'ai llétri un jour, le misérable évèque de Beauvais qui condamna Jeanne d'Arc; et c'est ce que le pape Calixte lit avait fait avant moi.

» Et vous. Monsieur, si quelqu'un imaginait de faire élever une statue à l'infâme Cauchon, je voudrais bfen savoir quel article sur la tolérance vous ferait tolérer une telle indignité.

» Eh bien, Monsieur, si Cauchon a fait brûler Jeanne d'Arc, Voltaire a fait bien pire, vous le savez. Vous parlez et agissez ici autrement que moi, mais au fond vous pensez comme moi.

y> Je maintiens donc ce que j'ai dit à Malines.

» Que si votre vertu a été surprise et a besoin d'être éclairée, je suis prêt à le faire dans vos colonnes ou ailleurs. »

Et tout de suite, pour neutraliser le scandale d'une statue élevée à Voltaire par souscription, avec l'argent du peuple, il ajouta à tous ses travaux celui d'une étude approfondie sur la vie et le caractère de ce grand coupable. Il poussa très loin ce travail, et ne put cependant,

au milieu de tant d'autres occupations, Fachever. Mais quand le moment vint de reprendre sous une autre forme la lutte contre le grand ennemi de Jésus-Christ, tous les éléments de cette polémique se trouvèrent sous sa main. S'il résumait ainsi cet homme dans ce mot, ce n'est pas qu'il méconnût, dans Voltaire, comme M. Thiers s'en plaignit alors dans une lettre à M. de Falloux^, certaines qualités d'écrivain qui seront toujours chères à Tesprit français, ou qu'il oubliât les condescendances habituelles de sa charité : il ne faisait point là œuvre de critique, mais de polémiste, et si ce mot n'était pas toute la vérité, il était la vérité, et le mot qu'il fallait dire, pour empêcher, s'il se pouvait, une folie française. La condescendance n'est point l'acceptation passive de tout. L'évêque d'Orléans la poussait avec son siècle aussi loin qu'il le pouvait; mais non pas jusquà la mollesse et l'aveuglement.

Cependant du côté de l'Italie les périls grossissaient. L'évêque s*y attendait ; il n'était pas de ceux pour qui le bruit des fêtes de Rome avait couvert celui des agitations garibaldiennes,et ce pressentiment, toujours présent à sa pensée, ne lui laissait goûter qu'une paix troublée. Déjà une tristesse lui était venue d'une nouvelle inattendue et douloureuse, la mort du cardinal Altieri ; mort sainte et sublime, gagnée au chevet des cholériques, car le choléra, que l'on redoutait à Rome au mois de juin, avait éclaté au mois de juillet. La mort admirable du pieux cardinal, si peu de temps après ces réceptions dans son palais, où il avait montré tant d'urbanité et de bonté, arracha à l'évêque d'Orléans un cri de douleur qu'il fit entendre dans une éloquente Lettre adressée à son clergé sur la mort du cardinal Altieri^. Mais ce qui lui était absolument insupportable, c'était l'altitude du gouvernement italien en face des audaces de Garibaldi.

Les révolutionnaires italiens n'avaient pu voir sans un

1. Vévéque d'Orléans, par M. de Falloux. -. Œuvres pastorales, 2^ série, t. III.

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