CHAPITRE XV
(( Courage et confiance en la croix : c'est tout ce que je puis répondre de mieux à votre lettre.
» En attendant le vendredi saint, faites-vous toute petite aux pieds de la crèche. La crèche et la croix sont faites toutes deux du même bois et par le même ouvrier. Elle est bien divine la religion qui n'a point d'autre appui en ce monde, en y joignant le tabernacle... »
« ... Le meilleur, c'est d'être à Dieu quand on souffre : si nous comprenions bien la crèche et notre crucifix, nous comprendrions cela une bonne fois et pour toujours. Comme le dit Fénelon, il faut nécessairement les étrivières à cette pauvre nature humaine ; cela lui redonne du bon sens, un bon cœur, et même un peu de courage dans l'humilité et la vérité. »
Quelquefois, à l'approche de ces grandes fêtes, dont il était si saisi lui-même, de la semaine sainte, par exe»mple, sa parole, dans la direction, prenait un accent plus vif encore, et les plus dures vérités de la vie chrétienne, il les inculquait avec une force singulière, même aux personnes condamnées par leur position à la vie en apparence la plus brillante et la plus douce :
(( Vous vous êtes fatiguée : mettez cette fatigue au pied de la croix sur laquelle il y a un Dieu encore plus las que vous. Vous portez, dites-vous, dans votre vie tous les soucis des vôtres : Notre-Seigneur a bien porté toutes nos croix avec la sienne. Ah ! vous ne comprenez pas assez la voie de Dieu ! La voie de Dieu, c'est la soumission à la volonté de Dieu, et la volonté de Dieu est que nous suivions le chemin royal de la croix, où Notre-Seigneur a marché le premier, et où il nous appelle à sa suite ; car tout vient de son expresse volonté ou permission. 11 faut donc accepter toutes les croix de notre vie. Ces caractères qui vous entourent et vous froissent, eh bien, autant de petites croix. Prenez-en une sur chaque épaule, sur votre cœur, et allez ainsi. »
(C Vous priez bien quelquefois, disait-il à la même grande dame, les bras en croix, et baisez la terre. C'est une bien bonne chose de s'humilier ainsi. »
« Avez-vous, lui disait-il un jour, un grand crucifix
chez VOUS, avec les plaies bien marquées. Il faut en avoir un. Ayez -le pour le vendredi saint, et placez-le sur un coussin, comme on fait à l'Eglise ce jour-là : et, dans vos moments de fatigue, allez, posez dessus votre tête. Considérez cette fatigue immense, ces souflVances inouïes. Cette tête, regardez-la, elle est plus lasse que la vôtre. Baisez-la avec respect. Baisez ces pieds qui ont saigné. Collez-y vos lèvres : vous éprouverez les plus grandes douceurs, les plus ineffables consolations... »