CHAPITRE XYI
L'évêque d'Orléans directeur d'àmes
(Suite)
Conseils pour les diverses situations de la vie
Nous venons d'entendre l'évêque d'Orléans sur la vie chrétienne en général ; mais il y a les situations diverses où chacun se trouve placé en ce inonde, d'où naissent des obligations particulières, et qui appellent une direction spéciale. Puis il y a les voies exceptionnelles, les vocations d'élite, et à côté des rigoureux devoirs, les conseils de perfection. Il ne sera pas sans utilité d'écouler maintenant quelques instants sur ces importants sujets un évêque qui, dans sa longue carrière et son ministère si étendu, rencontra pour ainsi dire toutes les situations qui se peuvent présenter.
Il a beaucoup écrit sur la jeune fille et sur la femme chrétienne : son grand traité de l'Education, ses travaux spéciaux sur les femmes, Conseils aux femmes chrétiennes sur le travail intellectuel qui leur convient, — Femmes savantes et femmes studieuses, — La femme chrétienne et française, — et toute sa polémique contre M. Duruy, — enfin et surtout les deux volumes posthumes que nous avons publiés, les Conférences aux mères chrétiennes, et les Lettres sur Véducation chrétienne des jeunes filles, — tous ces ouvrages oiïrenl un riche trésor d'expériences et de sages conseils. Mais dans tous ces écrits, c est comme un idéal qu'il trace, tandis que, dans ses lettres de direction, on le voit à l'œuvre pour réaliser cet idéal ; et de plus ce qui se dit ainsi directement à une âme a nécessairement un autre accent que ce qui s'écrit
dans un livre ou se dit du haut de la chaire pour tout le monde.
C'est un moment grave et décisif que celui oîi l'enfance ayant disparu, et la jeunesse ayant commencé, on voit s'ouvrir devant soi deux routes, et on entend comme deux voix : l'antiquité en avait été frappée; de lace mythe profond et charmant d'Hercule entre le vice et la vertu. Quand l'évêque d'Orléans recevait à ce moment-là une àme, qu'il s'agît soit de la convertir, soit de la diriger, surtout si c'était une àme riche et capable de grandes choses, c'était un efïort extraordinaire de son zèle pour la fixer définitivement dans le bien, et le plus grand bien.
(( Quelle tristesse, mon enfant, écrivait-il à une jeune fille de qui il espérait beaucoup, si tant de nobles facultés demeuraient étourdies et perdues au milieu des défauts et des contrariétés de cette nature, et si la douce et puissante main de Notre-Seigneur ne venait pas à bout de retrouver et de recueillir cette vie, et si ces vingt ans ne se décidaient pas enfin à entrer dans la grande voie de leurs destinées! »
« Non, ma bonne fille, lui écrivait-il un autrejour, votre lettre me donne de meilleures espérances. J'aurai la joie de faire de grandes choses avec vous, de vous y préparer, de vous y diriger. Dieu m'a envoyé là à l'heure décisive ; vous vous êtes décidée pour le bien. Demeurez-y fortement et inébranlablement attachée, indépendamment de tous les obstacles extérieurs et intérieurs... »
Parmi ces obstacles extérieurs, il y a surtout le monde. Mais qu'y faire? C'est bien une nécessité, quand on est du monde, de vivre dans le monde; et si la piété est utile à tout, c'est bien à traverser la vie mondaine sans y perdre la vie chrétienne.
« Vous allez avoir, écrivait l'évêque d'Orléans à une jeune fille que le temps était venu de conduire dans le monde, une épreuve : ces huit ou quinze jours pendant lesquels la vanité, la dissipation et tout le reste s'agiteront autour de vous et en vous-même.
» Je me représente de loin, avec joie et avec confiance, que vous demeurez là, joyeuse et courageuse, comme dit