CHAPITRE XVI
saint François de Sales, le regard bien fixé sur votre règlement, sur vos. résolutions, sur votre crucifix ; sachant dire au besoin : iXon, cela ne me convient pas ou ne m'amuse plus; vous prêtant du reste avec complaisance à tout ce que le regard de Dieu ne vous défend pas ; gaie, aimable, aiïectueuse, bienveillante envers tous, avec modestie, n'oubliant jamais la réserve des vêtements et des manières qui conviennent à une vierge chrétienne que Xotre-Seigneur regarde. Et en tout cela, vous serez bien heureuse et bénie de Dieu...
»... Je vous réponds aujourd'hui même, afin que vous receviez cette lettre avant que l'épreuve arrive et que vous soyez bien sous les armes avec la plus charmante amabilité, pour repousser et même pour convertir les gens. »
Il était heureux, cependant, au point de vue du bien spirituel de ses enfants, quand certaines circonstances les dispensaient d'affronter ces périls :
((Dieu vous protège, ma très chère enfant, disait-il à une jeune fille qui venait d'éprouver un deuil amer, en vous retirant cette occasion de péril qu'offrent les réunions du monde : remerciez-le et profitez-en pour faire une ample provision de piété et de vertus chrétiennes.
» Il vous reste peu de temps; amassez, amassez; voici bientôt le moment où vous aurez besoin de toute votre piété et de toute votre force chrétienne pour remplir fidèlement la mission que Dieu vous donnera. Priez le Seigneur qu'il vous fasse rencontrer dans la nouvelle position qui va bientôt être la vôtre, le bonheur si rare ici-bas, et, ce qu'il va de plus précieux, le salut de votre àme, car tout ce qui est de la terre passe vite ; votre àme vivra éternellement. »
Lorsque lemoraent était venu de fixer l'avenir d'un jeune homme ou d'une jeune fille, il voulait qu'on apportât dans un choix si grave surtout les vues chrétiennes, et par conséquent il demandait qu'il y eût conformité dans les sentiments religieux, et il déplorait les mariages où cette
douloureuse dissonance se trouve : une femme chrétienne et un mari qui ne l'est pas ! Il en dissuadait généralement :
«Si vous étiez ma nièce, et qu'il dépendît de moi de vous empêcher de faire ce mariage, je vous en empêcherais, n'y voyant pas les chances duhonheur chrétien, sans lesquelles ma longue expérience m'a montré qu'on n'était pas heureux sur la terre, et qu'on y pouvait compromettre gravement son salut.
» Mais pourquoi ce jeune homme ne s'occuperait-il pas, dès à présent, de cette grande question? C'est le moins qu'il puisse faire pour vous et aussi pour lui. Le mariage est un état très grave; on a grand besoin de la bénédiction de Dieu. Pourquoi ne ferait-il rien pour se rendre digne de la recevoir?»
Même quand cette lacune ne se rencontrait pas, il ne voulait pas qu'on procédât par entraînement, et sans toutes les réflexions nécessaires :
(( Hélas! écrivait-il à une mère, dont le fils ne suivait pas assez les conseils, il est trop visible pour moi que cet excellent jeune homme compte trop sur l'infaillibilité de ses sympathies les plus instantanées, et par conséquent le plus souvent les moins sûres, et beaucoup trop peu avec la prudence chrétienne, avec la déférence pour ses excellents parents, dont il est triste mais vrai de dire que le jugement n'est presque rien pour lui dès qu'il est question d'un sentiment de cette nature.
» Il faut bien penser cependant que l'ordre de la Providence n'est pas dans je ne sais quel aveuglement sympathique, et surtout quand il est question de décider la vie entière, le temps et l'éternité. »
Dans le premier bonheur d'une sainte union, les jeunes époux ont besoin d'être guidés et dirigés: l'évêque d'Orléans aimait à les porter à Dieu par leur bonheur même :
« Mon enfant, je bénis Dieu du bonheur que vous goûtez dans ce nouveau désert dont l'Ecriture dit • Le désert fleurira comme le lis.